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ciens mystères que des troupes de gueux que nous avons vus, sous le nom d’Égyptiens et de Bohèmes, courir l’Europe avec des castagnettes, danser la danse des prêtres d’Isis, vendre du baume, guérir la gale et en être couverts, dire la bonne aventure, et voler des poules. Telle a été la fin de ce qu’on a eu de plus sacré dans la moitié de la terre connue.


xxxviii. — Des Juifs au temps ou ils commencèrent à être connus..

Nous toucherons le moins que nous pourrons à ce qui est divin dans l’histoire des Juifs ; ou si nous sommes forcés d’en parler, ce n’est qu’autant que leurs miracles ont un rapport essentiel à la suite des événements. Nous avons pour les prodiges continuels qui signalèrent tous les pas de cette nation le respect qu’on leur doit ; nous les croyons avec la foi raisonnable qu’exige l’église substituée à la synagogue ; nous ne les examinons pas ; nous nous en tenons toujours à l’historique. Nous parlerons des Juifs comme nous parlerions des Scythes et des Grecs, en pesant les probabilités et en discutant les faits. Personne au monde n’ayant écrit leur histoire qu’eux-mêmes avant que les Romains détruisissent leur petit État, il faut ne consulter que leurs annales.

Cette nation est des plus modernes, à ne la regarder, comme les autres peuples, que depuis le temps où elle forme un établissement, et où elle possède une capitale. Les Juifs ne paraissent considérés de leurs voisins que du temps de Salomon, qui était à peu près celui d’Hésiode et d’Homère, et des premiers archontes d’Athènes.

Le nom de Salomoh, ou Soleiman, est fort connu des Orientaux ; mais celui de David ne l’est point ; de Saül, encore moins. Les Juifs, avant Saül, ne paraissent qu’une horde d’Arabes du désert, si peu puissants que les Phéniciens les traitaient à peu près comme les Lacédémoniens traitaient les ilotes. C’étaient des esclaves auxquels il n’était pas permis d’avoir des armes : ils n’avaient pas le droit de forger le fer, pas même celui d’aiguiser les socs de leurs charrues et le tranchant de leurs cognées ; il fallait qu’ils allassent à leurs maîtres pour les moindres ouvrages de cette espèce. Les Juifs le déclarent dans le livre de Samuel, et ils ajoutent qu’ils n’avaient ni épée ni javelot dans la bataille que Saül et Jonathas donnèrent à Béthaven, contre les Phéniciens, ou Philistins, journée où il est rapporté que Saül fit ser-