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Enfin, depuis Jannès et Mambrès, qui étaient les sorciers à brevet de Pharaon, jusqu’à la maréchale d’Ancre, qui fut brûlée à Paris pour avoir tué un coq blanc dans la pleine lune, il n’y a pas eu un seul temps sans sortilége.

La pythonisse d’Endor, qui évoqua l’ombre de Samuel, est assez connue ; il est vrai qu’il serait fort étrange que ce mot de Python, qui est grec, eût été connu des Juifs du temps de Saül, Mais la Vulgate seule parle de Python : le texte hébreu se sert du mot ob, que les Septante ont traduit par engastrimuthon[1].

Revenons à la magie. Les Juifs en firent le métier dès qu’ils furent répandus dans le monde. Le sabbat des sorciers en est une preuve parlante, et le bouc avec lequel les sorcières étaient supposées s’accoupler vient de cet ancien commerce que les Juifs eurent avec les boucs dans le désert; ce qui leur est reproché dans le Lévitique, chapitre xvii.

Il n’y a guère eu parmi nous de procès criminels de sorciers sans qu’on y ait impliqué quelque juif.

Les Romains, tout éclairés qu’ils étaient du temps d’Auguste, s’infatuaient encore des sortiléges tout comme nous. Voyez l’églogue (viii) de Virgile, intitulée Pharmaceutria (vers 69-97-98) :

Carmina vel cœlo possunt deducere lunam.
La voix de l’enchanteur fait descendre la lune.

His ego sæpe lupum fieri et se condere sylvis
Mœrim, sæpe animas imis exire sepulcris.


Mœris, devenu loup, se cachait dans les bois :
Du creux de leur tombeau j’ai vu sortir les âmes.

On s’étonne que Virgile passe aujourd’hui à Naples pour un sorcier : il n’en faut pas chercher la raison ailleurs que dans cette églogue.

Horace reproche à Sagana et à Canidia leurs horribles sortiléges. Les premières têtes de la république furent infectées de ces imaginations funestes. Sextus, le fils du grand Pompée, immola un enfant dans un de ces enchantements.

Les philtres pour se faire aimer étaient une magie plus douce ;

  1. L’auteur était trop modeste pour expliquer ici par quel endroit parlait cette sorcière. C’est le même par lequel la pythonisse de Delphes recevait l’esprit divin ; et voilà pourquoi la Vulgate a traduit le mot ob par Python ; elle a voulu ménager la modestie des lecteurs, qu’une traduction littérale aurait pu blesser. (K.)