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qui avait le nom de temple, comme en usaient les prêtres juifs et d’autres : mais que les prêtres égyptiens, n’habitant point dans l’enceinte, s’abstenaient de toucher à leurs femmes quand ils étaient de garde dans les porches dont le temple était entouré.

Les petits peuples furent très-longtemps sans avoir de temples. Ils portaient leurs dieux dans des coffres, dans des tabernacles. Nous avons déjà vu[1] que quand les Juifs habitèrent les déserts, à l’orient du lac Asphaltide, ils portaient le tabernacle du dieu Remphan, du dieu Moloch, du dieu Kium, comme le dit Amos, et comme le répète saint Étienne.

C’est ainsi qu’en usaient toutes les autres petites nations du désert. Cet usage doit être le plus ancien de tous, par la raison qu’il est bien plus aisé d’avoir un coffre que de bâtir un grand édifice.

C’est probablement de ces dieux portatifs que vint la coutume des processions qui se firent chez tous les peuples ; car il semble qu’on ne se serait pas avisé d’ôter un dieu de sa place, dans son temple, pour le promener dans la ville; et cette violence eût pu paraître un sacrilége, si l’ancien usage de porter son dieu sur un chariot ou sur un brancard n’avait pas été dès longtemps établi.

La plupart des temples furent d’abord des citadelles, dans lesquelles on mettait en sûreté les choses sacrées. Ainsi le palladium était dans la forteresse de Troie ; les boucliers descendus du ciel se gardaient dans le Capitole.

Nous voyons que le temple des Juifs était une maison forte, capable de soutenir un assaut. Il est dit au troisième livre des Rois que l’édifice avait soixante coudées de long et vingt de large ; c’est environ quatre-vingt-dix pieds de long sur trente de face. Il n’y a guère de plus petit édifice public ; mais cette maison étant de pierre, et bâtie sur une montagne, pouvait au moins se défendre d’une surprise ; les fenêtres, qui étaient beaucoup plus étroites au dehors qu’en dedans, ressemblaient à des meurtrières.

Il est dit que les prêtres logeaient dans des appentis de bois adossés à la muraille.

Il est difficile de comprendre les dimensions de cette architecture. Le même livre des Rois nous apprend que, sur les murailles de ce temple, il y avait trois étages de bois ; que le premier avait cinq coudées de large, le second six, et le troisième sept. Ces proportions ne sont pas les nôtres ; ces étages de bois auraient surpris Michel-Ange et Bramante. Quoi qu’il en soit, il faut con-

  1. Paragraphe v.