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besoin ; ce sont ces doux malades eux-mêmes qui, prosternés à ses pieds, le conjurent de les guérir. Il rougit de leurs prières, il s’en moque ; il dit qu’une telle guérison n’est pas au pouvoir d’un mortel. Les deux infortunés insistent : Sérapis leur est apparu : Sérapis leur a dit qu’ils seraient guéris par Vespasien. Enfin il se laisse fléchir : il les touche sans se flatter du succès. La Divinité, favorable à sa modestie et à sa vertu, lui communique son pouvoir ; à l’instant l’aveugle voit, et l’estropié marche. Alexandrie, l’Égypte, et tout l’empire, applaudissent à Vespasien, favori du ciel. Le miracle est consigné dans les archives de l’empire et dans toutes les histoires contemporaines. Cependant, avec le temps, ce miracle n’est cru de personne, parce que personne n’a intérêt de le soutenir.

Si l’on en croit je ne sais quel écrivain de nos siècles barbares, nommé Helgaut, le roi Robert, fils de Hugues Capet, guérit aussi un aveugle. Ce don des miracles, dans le roi Robert, fut apparemment la récompense de la charité avec laquelle il avait fait brûler le confesseur de sa femme, et ces chanoines d’Orléans, accusés de ne pas croire l’infaillibilité et la puissance absolue du pape, et par conséquent d’être manichéens : ou, si ce ne fut pas le prix de ces bonnes actions, ce fut celui de l’excommunication qu’il souffrit pour avoir couché avec la reine sa femme.

Les philosophes ont fait des miracles, comme les empereurs et les rois. On connaît ceux d’Apollonios de Tyane ; c’était un philosophe pythagoricien, tempérant, chaste et juste, à qui l’histoire ne reproche aucune action équivoque, ni aucune de ces faiblesses dont fut accusé Socrate. Il voyagea chez les mages et chez les brachmanes, et fut d’autant plus honoré partout qu’il était modeste, donnant toujours de sages conseils, et disputant rarement. La prière qu’il avait coutume de faire aux dieux est admirable : « Dieux immortels, accordez-nous ce que vous jugerez convenable, et dont nous ne soyons pas indignes. » Il n’avait nul enthousiasme ; ses disciples en eurent : ils lui supposèrent des miracles qui furent recueillis par Philostrate. Les Tyanéens le mirent au rang des demi-dieux, et les empereurs romains approuvèrent son apothéose. Mais, avec le temps, l’apothéose d’Apollonios eut le sort de celle qu’on décernait aux empereurs romains ; et la chapelle d’Apollonios fut aussi déserte que le Socratéion élevé par les Athéniens à Socrate.

Les rois d’Angleterre, depuis saint Édouard jusqu’au roi Guillaume III, firent journellement un grand miracle, celui de guérir les écrouelles, qu’aucuns médecins ne pouvaient guérir.