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tait Priape avec un âne, et que les Juifs passèrent pour adorer un âne. Huet ajoute, pour dernière confirmation, que la verge de Moïse pouvait fort bien être comparée au sceptre de Priape[1].


Sceptrum Priapo tribuitur, virga Mosi.


Voilà ce que Huet appelle sa Démonstration. Elle n’est pas, à la vérité, géométrique. Il est à croire qu’il en rougit les dernières années de sa vie, et qu’il se souvenait de sa Démonstration quand il fit son Traité de la faiblesse de l’esprit humain, et de l’incertitude de ses connaissances.

xxix. — Des métamorphoses chez les Grecs, recueillies par Ovide.

L’opinion de la migration des âmes conduit naturellement aux métamorphoses, comme nous l’avons déjà vu[2]. Toute idée qui frappe l’imagination et qui l’amuse s’étend bientôt par tout le monde. Dès que vous m’avez persuadé que mon âme peut entrer dans le corps d’un cheval, vous n’aurez pas de peine à me faire croire que mon corps peut être changé en cheval aussi.

Les métamorphoses recueillies par Ovide, dont nous avons déjà dit un mot, ne devaient point du tout étonner un pythagoricien, un brame, un Chaldéen, un Égyptien. Les dieux s’étaient changés en animaux dans l’ancienne Égypte, Derceto était devenue poisson en Syrie ; Sémiramis avait été changée en colombe à Babylone. Les Juifs, dans des temps très-postérieurs, écrivent que Nabuchodonosor fut changé en bœuf, sans compter la femme de Loth transformée en statue de sel. N’est-ce pas même une métamorphose réelle, quoique passagère, que toutes les apparitions des dieux et des génies sous la forme humaine ?

Un dieu ne peut guère se communiquer à nous qu’en se métamorphosant en homme. Il est vrai que Jupiter prit la figure d’un beau cygne pour jouir de Léda ; mais ces cas sont rares, et, dans toutes les religions, la Divinité prend toujours la figure humaine quand elle vient donner des ordres. Il serait difficile d’entendre la voix des dieux s’ils se présentaient à nous en crocodiles ou en ours.

  1. Huet, page 110. (Note de Voltaire.)
  2. Paragraphe xvii.