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aient prétendu que Bacchus est une copie de Moïse et de Josué. Tout concourt à favoriser la ressemblance : car Bacchus s’appelait, chez les Égyptiens, Arsaph, et parmi les noms que les pères ont donnés à Moïse, on y trouve celui d’Osasirph.

Entre ces deux histoires, qui paraissent semblables en tant de points, il n’est pas douteux que celle de Moïse ne soit la vérité, et que celle de Bacchus ne soit la fable ; mais il paraît que cette fable était connue des nations longtemps avant que l’histoire de Moïse lut parvenue jusqu’à elles. Aucun auteur grec n’a cité Moïse avant Longin, qui vivait sous l’empereur Aurélien, et tous avaient célébré Bacchus.

Il paraît incontestable que les Grecs ne purent prendre l’idée de Bacchus dans le livre de la loi juive, qu’ils n’entendaient pas et dont ils n’avaient pas la moindre connaissance : livre d’ailleurs si rare chez les Juifs mêmes que, sous le roi Josias, on n’en trouva qu’un seul exemplaire ; livre presque entièrement perdu, pendant l’esclavage des Juifs transportés en Chaldée et dans le reste de l’Asie ; livre restauré ensuite par Esdras dans les temps florissants d’Athènes et des autres républiques de la Grèce : temps où les mystères de Bacchus étaient déjà institués.

Dieu permit donc que l’esprit de mensonge divulguât les absurdités de la vie de Bacchus chez cent nations, avant que l’esprit de vérité fît connaître la vie de Moïse à aucun peuple, excepté aux Juifs.

Le savant évêque d’Avranches, frappé de cette étonnante ressemblance, ne balança pas à prononcer que Moïse était non-seulement Bacchus, mais le Thaut, l’Osiris des Égyptiens. Il ajoute même[1], pour allier les contraires, que Moïse était aussi leur Typhon ; c’est-à-dire qu’il était à la fois le bon et le mauvais principe, le protecteur et l’ennemi, le dieu et le diable reconnus en Égypte.

Moïse, selon ce savant homme, est le même que Zoroastre. Il est Esculape, Amphion, Apollon, Faunus, Janus, Persée, Romulus, Vertumne, et enfin Adonis et Priape. La preuve qu’il était Adonis, c’est que Virgile a dit (églogue x, v. 18) :

Et formosus oves ad flumina pavit Adonis.

Et le bol Adonis a gardé les moutons.

Or Moïse garda les moutons vers l’Arabie. La preuve qu’il était Priape est encore meilleure : c’est que quelquefois on représen-

  1. Proposition iv, pages 79 et 87. (Note de Voltaire.)