Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome04.djvu/618

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Croyez-moi, mettez-vous aussi de la partie.
Personne n’attendait que vous vinssiez ici.
La maison va fort bien, vous voilà, restez-y.
Soyez gai comme nous, ou que Dieu vous renvoie.
Nous vous promettons tous de vous tenir en joie.
Rien n’est plus douloureux, comme plus inhumain,
Que de gronder tout seul des plaisirs du prochain.

M. Duru.

L’impertinente ! Eh bien, qu’en penses-tu, compère ?

M. Gripon.

J’ai le cœur un peu dur ; mais après tout que faire ?
La chose est sans remède, et ma Phlipotte aura
Cent avocats pour un sitôt qu’elle voudra.

Madame Duru.

Eh bien, vous rendez-vous ?

M. Duru.

Eh bien, vous rendez-vous ?Çà, mes enfants, ma femme,
Je n’ai pas, dans le fond, une si vilaine âme.
Mes enfants sont pourvus. Et puisque de son bien,
Alors que l’on est mort, on ne peut garder rien,
Il faut en dépenser un peu pendant sa vie ;
Mais ne mangez pas tout, madame, je vous prie.

Madame Duru.

Ne craignez rien, vivez, possédez, jouissez.

M. Duru.

Dix fois cent mille francs par vous sont-ils placés ?

Madame Duru.

En contrats, en effets, de la meilleure sorte.

M. Duru.

En voici donc autant qu’avec moi je rapporte.

(Il veut lui donner son portefeuille, et le remet dans sa poche.)
Madame Duru.

Rapportez-nous un cœur doux, tendre, généreux ;
Voilà les millions qui font chers à nos vœux.

M. Duru.

Allons donc ; je vois bien qu’il faut, avec constance ;
Prendre enfin mon bonheur du moins en patience.


fin de la femme qui a raison.