Page:Virgile - Énéide, traduction Guerle, 1825, livres I-VI.djvu/35

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


entraîneraient dans leur course rapide la terre, les mers, et les cieux confondus, et les emporteraient dans les airs en affreux tourbillons ; mais craignant ces ravages, le souverain de l’univers les relégua dans des cavernes ténébreuses, entassa d’énormes montagnes sur leurs noirs cachots, et leur choisit un roi, qui, régi lui-même par des lois immuables, sût au gré d’un dieu plus puissant, ou leur serrer les rênes, ou les lâcher à leur furie. Devant lui Junon suppliante abaisse en ces mots son orgueil :

« Éole, toi que l’arbitre suprême des mortels et des dieux chargea de gouverner les vents, de soulever les flots, ou d’apaiser leur rage ! un peuple ennemi de ma gloire fend les mers de Tyrrhène, portant au sein du Latium llion et ses Pénates vaincus. Déchaîne l’aquilon ; disperse, abîme leurs poupes odieuses, et couvre au loin les ondes de leurs débris épars. Quatorze Nymphes remplies d’attraits font l’ornement de ma cour : la plus aimable est Deïopée : si tu sers mes vengeances, je l’unis pour toujours à ton sort par un doux hyménée. Compagne de ta couche immortelle, elle te rendra père d’une brillante postérité. »

« Reine auguste, répond Éole, c’est à vous d’ordonner, à moi d’obéir. Si j’ai quelque empire en ces lieux, si le sceptre ennoblit mes mains, si Jupiter m’honore de sa faveur, je ne le dois qu’à vous. Par vous je siège aux banquets de l’Olympe ; par vous les vents et les tempêtes grondent ou se taisent à ma voix. »

Il dit ; et d’un revers de sa lance, il frappe le flanc