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voulut honorer vos vieux ans d’un triomphe privilégié. C’est au nom du vénérable Anchise que je vous offre ce vase précieux, orné de brillantes figures. Anchise le reçut autrefois du grand Cissée, qui régna sur la Thrace ; et sa reconnaissance aimait à conserver ce gage d’une amitié fidèle. » À ces mots, il ceint d’un laurier vert la tête du monarque, et le salue premier vainqueur. Le modeste Eurytion voit sans jalousie couronner un front plus auguste, quoiqu’il ait seul abattu la colombe égarée dans les cieux. Le troisième prix est pour Mnesthée, qui rompit le lacet fatal ; le dernier, pour Hippocoon dont le fer ailé s’enfonça dans le mât.

Ces jeux duraient encore : Énée mande le fils d’Épytus, Périphas, dont la sagesse veille sur le tendre Iule, et conduit son enfance. Le héros lui confie ses ordres : « Cours, vole vers Ascagne ; et si la jeune élite de ses amis est prête, si ses légers escadrons n’attendent plus que le signal, qu’il amène au tombeau d’Anchise leur troupe choisie, et qu’il se montre à leur tête sous sa plus riche armure. » Il dit, fait écarter la foule dont les flots inondaient l’immensité du cirque, et prépare un champ libre au nouveau combat qu’il médite.

Les jeunes guerriers s’avancent, agitant le frein d’or de leurs coursiers superbes, et rayonnans d’éclat aux yeux de leurs parens charmés. De longs applaudissemens se font entendre de toutes parts, et les suivent au loin dans leur marche triomphale. Chacun d’eux a paré son casque du myrte accoutumé ;