Page:Virgile - Énéide, traduction Guerle, 1825, livres I-VI.djvu/209

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offrent jusqu’à la ceinture les attraits d’une vierge ; mais sa croupe hideuse trahit le monstre des mers : ses flancs sont armés de gueules aboyantes, et sa queue tortueuse se termine en dauphin. Il vaut mieux allonger ta course, doubler le Pachynum, et décrire un cercle immense autour des champs Trinacriens, que d’affronter dans son repaire l’effroyable Scylla, et ses bruyans écueils, et ses chiens hurlant sous les ondes. C’est peu : si quelque sagesse recommande Hélénus, si l’organe des dieux mérite quelque confiance, si Phébus pénètre mon âme de célestes clartés ; il est surtout, fils de Vénus, il est un avis salutaire que tu dois méditer sans cesse, et que je dois te répéter sans fin. Ne manque pas d’adorer avant tout la puissance de Junon ; paie à Junon le tribut de tes vœux, et fléchis par d’humbles offrandes l’auguste reine des Immortels. Ainsi vainqueur des obstacles, et quittant la Sicile, tu verras s’ouvrir devant toi les ports de l’Ausonie.

« Enfin débarqué sur ces rives, cherche d’abord les murs de Cumes. Là, près des lacs sacrés de l’Averne, non loin de ses bruyantes forêts, tu trouveras une vierge inspirée, qui du fond de sa grotte annonce les arrêts du sort, et confie ses oracles à des feuilles légères. Ces tissus fragiles, où sa main grave l’avenir, la prêtresse les dispose dans un ordre certain, et les garde enfermés dans son antre. Ils y reposent immobiles, et dans le rang qu’elle a fixé. Mais si la porte, en tournant sur ses gonds, livre un passage au vent le plus léger, son souffle disperse aussitôt les pages