Page:Virgile - Énéide, traduction Guerle, 1825, livres I-VI.djvu/181

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


domaine. C’est de là, si ma mémoire est fidèle, que l’ancien Teucer, noble souche de nos rois, vint aborder près des rives du Xanthe, et fonder sous de nouveaux cieux un nouvel empire. Ilion et ses tours altières n’étaient pas encore : d’agrestes peuplades habitaient les vallées profondes. Teucer y porta le culte de Cybèle, les danses des Corybantes, et les fêtes que l’Ida célèbre sous ses pieux ombrages ; il y porta nos mystères, amis d’un religieux silence, et le char de la déesse attelé de lions soumis. Courage, magnanimes guerriers ! Le ciel même se déclare : suivons la route qu’il nous montre. Implorons les vents, et volons aux champs de Gnossa. Un court espace nous en sépare : si Jupiter nous seconde, la troisième aurore verra notre flotte dans les ports de la Crète. » À ces mots, il immole aux dieux les victimes accoutumées ; à Neptune, un fier taureau ; à toi, bel Apollon, une génisse au front superbe ; une brebis noire aux Tempêtes, une brebis blanche aux Zéphyrs favorables.

Cependant un bruit se répand : « Chassé, dit-on, du trône de ses pères, Idoménée a pris la fuite : la Crète voit ses campagnes désertes : ses remparts sans défense, et ses foyers abandonnés attendent de nouveaux maîtres. » Aussitôt nous quittons les bords Ortygiens, nous volons sur les eaux. Nous rasons Naxos, et ses rochers retentissans du cri des Bacchantes, Donyse aux verts bocages, Paros aux marbres éclatans, et la riche Oléare, et les Cyclades rangées en cercle sur les flots, et les îles nombreuses dont ces parages sont semés. Les chants