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couverts d’un travail au pinceau. Il y avait donc alors pour les artistes verriers deux opérations distinctes propres à obtenir l’harmonie générale d’un vitrail quand le carton était dessiné : 1° la désignation des tons des verres sur ce carton ; 2° le travail au pinceau sur ces verres, qui complétait l’harmonie en donnant à chaque ton l’importance relative convenable.

La méthode adoptée par les artistes du XIIe siècle pour la première partie de ce travail est donnée par Théophile ; c’était au moyen de lettres que le maître indiquait les couleurs sur le carton.

Or, cette méthode devait se rapprocher de celle que nous allons indiquer en nous appuyant sur les exemples de verrières de cette époque. En supposant les cinq voyelles exprimant :

A = le blanc.  
E =
le pourpre foncé 
Accolade fermante.png couleurs composées.
I =
le pourpre clair 
O =
le vert d’émeraude 
U =
le vert bleu turquoise 


les consonnes exprimant :

B =
le bleu. 
Accolade fermante.png couleurs simples[1].
J =
le jaune. 
R =
le rouge. 


nous partons de cette première loi : que toute couleur simple dominant dans un sujet, formant le fond, par exemple, il faut, avec elle, employer en majorité les couleurs composées ; que si, avec cette couleur simple du fond, on met d’autres couleurs simples, il faut, ou que ces couleurs soient en petites parties, ou isolées par un appoint blanc important. Exemple : dans la figure 5 de l’arbre de Jessé de Chartres (premier roi), le fond étant B, les voyelles doivent dominer dans la composition. En effet, l’artiste a mis : manteau, O ; robe, I ; branchage, A ; fleurs, E, U, I, O. Les consonnes n’apparaissent plus que pour de petites parties : couronne, pallium, deux feuilles inférieures dans les bouquets du haut, feuille centrale dans les bouquets du bas, J ; agrafe, manchettes, souliers du roi, R. Si nous prenons les autres rois au-dessus du premier et la Vierge du sommet, la loi est la même, c’est-à-dire que le fond étant la consonne B, ce sont les voyelles qui composent les personnages et ornements. Dans le bas, le Jessé est couvert d’un ample manteau rouge, pour une raison d’harmonie indiquée plus haut, mais ce manteau est entièrement entouré de la con-

  1. Les peintres verriers employaient plusieurs valeurs de chaque ton, comme nous l’avons indiqué plus haut. Il était facile de désigner chaque valeur par un signe:ainsi, le B (bleu) pouvait être B 1, B 2, B 3, indiquant ainsi le bleu limpide, clair, turquoise; le bleu saphir, le bleu indigo, etc.