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avec un modelé plus délicat, plus voisin de la nature ; l’ornement (fig. 58) d’une archivolte, est roman quant à la composition et se rapproche davantage de la flore quant à l’exécution.

Sculpture.cathedrale.Langres.png


Il est vrai que cette archivolte est un peu postérieure au chapiteau (fig. 57), et date des premières années du XIIIe siècle ; mais alors la flore, dans la sculpture de l’Île-de-France, était demeurée maîtresse et inspirait toutes les compositions. Ce n’est donc que timidement que l’école de la haute Champagne suit le mouvement ; ce qui pourrait s’expliquer par le voisinage des vastes établissements monastiques qui, si longtemps, avaient été la lumière de ces contrées. Car il faut observer que près des grandes abbayes, le style nouveau dû aux artistes laïques se répand difficilement. L’abbaye de Vézelay fait exception à cette règle, et semble au contraire rivaliser avec l’abbaye de Saint-Denis, jusque vers la fin du XIIe siècle, pour sortir de la tradition romane. L’ornementation sculptée du chœur de Vézelay, dont la construction date de 1190 environ, est, relativement à la structure, très-avancée, et s’inspire de la flore avec une véritable passion. On ne remarque même pas, dans cette sculpture, le respect constant pour l’art monumental si profondément empreint dans celle de Notre-Dame de Paris. Ces artistes de Vézelay n’ont pas ce choix judicieux des plantes qui leur