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possédaient un ou plusieurs oratoires tenant aux appartements du châtelain et de la châtelaine. Ces oratoires n’étaient autre chose qu’une petite pièce retirée, ordinairement placée dans une tour. On s’y enfermait pour prier, mais on n’y faisait pas l’office divin. Ce ne fut guère qu’au XIVe siècle que les oratoires de châteaux devinrent par fois de véritables petites chapelles dans lesquelles on pouvait dire la messe.

En 1365, Charles V fit disposer dans la chapelle du château du Louvre un oratoire très-richement décoré, afin de s’y retirer lorsqu’il voulait assister à la messe[1]. Louis XI fit de même bâtir, entre deux des contre-forts de la Sainte-Chapelle du Palais, à Paris, un oratoire d’où il pouvait voir l’office par une petite baie biaise, sans être vu des assistants. Cet oratoire, qui existe encore, est voûté en berceau et fort simple ; il était probablement tendu en tapisseries. L’extérieur est, au contraire, richement décoré de fines sculptures et terminé par une balustrade fleur-de-lysée avec un L couronné au centre. Un oratoire est accolé également à la Sainte-Chapelle du château de Vincennes (voy. chapelle).

ORGUE, s. m. (Voy. buffet.)

OSSUAIRE, s. m. Construction couverte, élevée dans les cimetières pour y déposer les ossements que l’on retrouve dans la terre sainte, lorsqu’on y creuse de nouvelles fosses. Autrefois tous les cimetières possédaient un ossuaire. Quelquefois, comme au cimetière des Innocents, à Paris, l’ossuaire n’était qu’un cloître, sous les lambris duquel on plaçait successivement les ossements que la multiplicité des sépultures mettait à découvert. Sur les parois des églises, et même des deux côtés de leur porte principale, on pratiquait aussi des enfoncements abrités par un bout de galerie de cloître, et dans ces enfoncements garnis de grilles serrées on jetait les ossements dont regorgeait la terre des cimetières. Un ossuaire de ce genre (1) existait sur l’un des côtés de la façade de l’église de Fleurance (Gers). Plus souvent l’ossuaire formait comme une chapelle percée d’une quantité de petites baies, à travers lesquelles on apercevait les ossements accumulés peu à peu à l’intérieur. La Bretagne conserve encore un assez grand nombre d’ossuaires qui datent des XVe et XVIe siècles, et l’on n’a point cessé d’y déposer des ossements ; quelques-uns en sont remplis jusqu’au comble. Lorsque les ossements exhumés par le creusement de nouvelles fosses appartiennent à des morts auxquels on a pu donner un nom, les familles font enfermer le chef, le crâne du mort, dans une petite boîte surmontée d’une croix, et ces boîtes sont posées sur l’appui des nombreuses baies de l’ossuaire. La fig. 2 représente une vue de l’ossuaire du Faouët (Finistère), qui se trouve accolé à l’église et donne sur le cimetière[2].

  1. Sauval. Hist. et antiq. de la ville de Paris, t. II, p. 22.
  2. Nous devons le dessin de cet ossuaire à M. Gaucherel.