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[mâchicoulis]
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religieux. Chaque monument conserve une physionomie qui lui est propre, chaque détail s’accorde avec la partie du programme qui l’a commandé, et plus le programme tend à imposer une certaine forme nécessitée par un besoin défini, impérieux, et plus l’architecture donne à cette forme un caractère accentué. Nous en aurons la preuve une fois de plus ici, si l’on veut bien nous suivre dans notre étude sur les mâchicoulis.

Illustration fig4 6 209.png

Voici (4) quelle est la disposition des mâchicoulis couronnant l’église de Royat. En A on voit le mâchicoulis en coupe ; il est présenté de face en B. Cette construction appartient à la première moitié du XIIIe siècle ; elle se compose d’une suite d’arcades portées sur des consoles. Entre chaque contre-fort de l’édifice, on compte quatre arcades. L’architecte, ayant compris que les angles, plus encore que les faces, avaient besoin d’être protégés par des mâchicoulis, a adopté une disposition d’encorbellements C qui permettent aux merlons de suivre leurs plans, et qui laissent à chacun de ces angles un large mâchicoulis en équerre. Le détail des consoles est tracé dans la figure 5, de profil en B et de face en C. On voit ici percer le goût de l’artiste, car ces consoles sont galbées de la manière la plus heureuse. Mais si nous nous rapprochons des provinces du nord, les mâchicoulis ne se présentent guère qu’à la fin du XIIIe siècle. La facilité de se procurer du bois et aussi le grand relief des fortifications de ces contrées permettaient de conserver le système des hourds plus longtemps. Les défenses de Carcassonne, par exemple, qui ont été élevées par Philippe le Hardi vers 1285, ne présentent nulle