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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/94

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[donjon]
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gneur étaient richement décorés et meublés, et que cette résidence réunissait les avantages d’une place forte de premier ordre à ceux d’une habitation plaisante située dans un charmant pays. L’habitude que nous avons des dispositions symétriques dans les bâtiments depuis le XVIIe siècle fera paraître étranges, peut-être, les irrégularités que l’on remarque dans le plan du donjon de Pierrefonds. Mais, comme nous le faisons observer à l’article Château, l’orientation, la vue, les exigences de la défense, exerçaient une influence majeure sur le tracé de ces plans. Ainsi, par exemple, le biais que l’on remarque dans le mur oriental du logis (biais qui est inaperçu en exécution) est évidemment imposé par le désir d’obtenir des jours sur le dehors d’un côté où la campagne présente de charmants points de vue, de laisser la place nécessaire au flanquement de la tour carrée, ainsi qu’à la poterne intérieure entre cette tour et la chapelle, la disposition du plateau ne permettant pas d’ailleurs de faire saillir davantage la tour contenant cette chapelle. Le plan de la partie destinée aux appartements est donné par les besoins mêmes de cette habitation, chaque pièce n’ayant que la dimension nécessaire. En élévation, les différences de hauteurs des fractions du plan sont de même imposées par les nécessités de la défense ou des distributions.

Il était peu de châteaux des XIVe et XVe siècles qui possédassent des donjons aussi étendus, aussi beaux et aussi propres à loger un grand seigneur, que celui de Pierrefonds. La plupart des donjons de cette époque, bien que plus agréables à habiter que les donjons des XIIe et XIIIe siècles, ne se composent cependant que d’un corps de logis plus ou moins bien défendu. Nous trouvons un exemple de ces demeures seigneuriales, sur une échelle réduite, dans la même contrée.

Le château de Véz relevait du château de Pierrefonds ; il est situé non loin de ce domaine, sur les limites de la forêt de Compiègne, près de Morienval, sur un plateau élevé qui domine les vallées de l’Automne et de Vandi. Sa situation militaire est excellente en ce qu’elle complète au sud la ligne de défense des abords de la forêt, protégée par les deux cours d’eau ci-dessus mentionnés, par le château même de Pierrefonds au nord-est, les défilés de la forêt de l’Aigle et de la rivière de l’Aisne au nord, par les plateaux de Champlieu et le bourg de Verberie à l’ouest, par le cours de l’Oise au nord-nord-ouest. Le château de Véz est un poste très-ancien, placé à l’extrémité d’un promontoire entre deux petites vallées. Louis d’Orléans dut le rebâtir presque entièrement lorsqu’il voulut prendre ses sûretés au nord de Paris, pour être en état de résister aux prétentions du duc de Bourgogne, qui, de son côté, se fortifiait au sud du domaine royal. Véz n’est, comparativement à Pierrefonds, qu’un poste défendu par une enceinte et un petit donjon merveilleusement planté, bâti avec le plus grand soin, probablement par l’architecte du château de Pierrefonds[1].

  1. Les profils du donjon de Véz, le mode de construction et certains détails de défense,