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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/557

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[fourches]
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douce, insensible, élevée, entre le faubourg Saint-Martin et celui du Temple, dans un lieu que l’on découvre de quelques lieues à la ronde. Sur le haut est une masse accompagnée de seize piliers[1], où conduit une rampe de pierre assez large, qui se fermoit autrefois avec une bonne porte. La masse est parallélogramme, haute de deux à trois toises, longue de six à sept, large de cinq ou six, terminée d’une plateforme, et composée de dix ou douze assises de gros quartiers de pierres bien liées et bien cimentées, rustiques ou refendues dans leurs joints. Les piliers gros, quarrés, hauts chacun de trente-deux à trente-trois pieds, et faits de trente-deux ou trente-trois grosses pierres refendues ou rustiques (à bossages), de même que les précédentes, et aussi bien liées et bien cimentées, y étoient rangées en deux files sur la largeur et une sur la longueur. Pour les joindre ensemble et pour y attacher les criminels, on avoit enclavé dans leurs chaperons deux gros liens de bois qui traversoient de l’un à l’autre, avec des chaînes de fer d’espace en espace. Au milieu étoit une cave où se jettoient apparemment les corps des criminels, quand il n’en restoit plus que les carcasses, ou que toutes les chaînes et les places étoient remplies. Présentement cette cave est comblée, la porte de la rampe rompue, ses marches brisées : des pilliers, à peine y en reste-t-il sur pied trois ou quatre, les autres sont ou entièrement ou à demi ruinés. »

Bien que Sauval ne nous dise pas à quelles sources il a puisé ses renseignements, divers documents[2] établissent l’existence d’un gibet à Montfaucon, au moins dès le XIIIe siècle. — Un acte d’accommodement du mois de septembre 1233 entre le prieur de Saint-Martin-des-Champs et le chapitre de Notre-Dame contient le passage suivant : … « Quatuor arpenta et dimidium quarterium juxta pressorium combustum, duo arpenta et dimidium quarterium circa gibetum, quatuordecim, arpenta… » — Un acte de vente du mois de juin 1249 : … « Super tribus arpentis vince site juxta pressorium sancti Martini prope gybetum, in censiva ejusdem capituli[3] » Il résulte de ces deux actes que, dans les années 1233 et 1249, ajoute M. de Lavillegille, il

  1. À chascun le sien, c’est justice :
    À Paris, seize quarteniers :
    À Montfaucon seize pilliers,
    C’est à chacun son bénéfice.

    Seize, Mont-faucon vous appelle,
    À demain, crient les corbeaux,
    Seize pilliers de sa chapelle
    Vous seront autant de tombeaux.

    (Satyre Ménippée.)
  2. Des anciennes fourches patibulaires de Montfaucon, par A. de Lavillegille.
  3. Arch. de l’Empire. Sect. dom. S. 216. Titres du fief du Cens commun que possédait autrefois le chapitre de Notre-Dame de Paris.