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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/471

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points, mais agissent directement à leur pied. Il y a donc toujours une partie de ce plancher suspendu plus chargée que l’autre, puisque les vents d’ouest sont les plus fréquents et les plus violents, surtout à Amiens.

L’ensemble du système s’est incliné vers l’est, et on a dû, peu après la construction, ajouter de ce côté une longue contre-fiche qui vient porter sur une ferme du chœur très-solidement armée. Les fermes diagonales sont peu résistantes (27) ; leur entrait A repose sur le plancher inférieur, ainsi qu’on le voit dans le tracé perspectif (fig. 25) ; mais, comme supplément de force, les charpentiers ont posé sous ce plancher, qui passe dans l’intervalle B, des potences armées C dont le pied s’appuie sur la tête des quatre piles du transsept dans les reins de la voûte. Ces potences, faiblement reliées au système de la ferme diagonale, ont donné du nez sous la dépression du plancher. D’ailleurs, la contre-fiche principale E de cette demi-ferme diagonale est la noue, c’est-à-dire qu’elle est posée suivant la ligne d’intersection des combles, ce qui lui donne une position trop inclinée pour avoir une grande force. Si, comme à Notre-Dame de Paris, les charpentiers avaient posé une contre-fiche gh au-dessus de cette noue, visible, et reliée à la potence C au moyen de grandes moises verticales m, ils eussent donné aux fermes diagonales une beaucoup plus grande résistance, en faisant de grands pans-de-bois rigides, dont toutes les parties eussent été solidaires.

On remarquera qu’ici, comme à Notre-Dame de Paris, les poteaux de l’octogone sont doublés et fortement inclinés vers l’axe de la flèche. C’est là une règle dont les architectes du moyen âge ne se sont pas départis dans la construction de ces sortes d’édifices.

La silhouette de la flèche de Notre-Dame d’Amiens est heureuse ; il ne manque à cette œuvre de charpenterie que d’être sur un monument moins grandiose. La fig. 28 présente le géométral de cette flèche recouverte de sa plomberie. Malheureusement la flèche d’Amiens a subi des mutilations ; son couronnement a été refait d’une façon barbare dans le dernier siècle, à la suite d’un incendie partiel causé par la foudre. La plomberie, en partie reposée au commencement du XVIIe siècle, est, sur quelques points, extrêmement grossière, et masque les profils ou les découpures du bois.

La section de la pyramide ne donne pas un octogone à côtés droits, mais à côtés curvilignes concaves (voy. le détail A), afin d’obtenir, comme nous l’avons dit plus haut, des filets de lumière dans l’ombre, et d’éviter le fâcheux effet produit par les pyramides à faces planes lorsqu’elles sont placées à une grande hauteur et que le soleil les éclaire. Quelques parties primitives de la plomberie sont fort remarquables.

En résumé, si la flèche de Notre-Dame d’Amiens n’est pas une œuvre irréprochable, elle mérite cependant d’être étudiée ; d’ailleurs c’est la seule de cette dimension qui existe encore en France. Son poids est, compris le plomb, de 500 000 kilogrammes. Sa hauteur, au-dessus du