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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/468

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[flèche]
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maçonnerie qui lui sert de base ; elle s’y relie mal, et la trop grande quantité d’ajours fait encore paraître ce défaut plus choquant.

L’une des plus belles flèches du XVe siècle était celle de la Sainte-Chapelle du Palais, reconstruite depuis peu par feu Lassus sur un ancien dessin conservé à la Bibliothèque Impériale. Cette flèche est gravée dans la Monographie de la Sainte-Chapelle publiée par M. Bance, avec ses détails de charpente et de plomberie. Nous engageons nos lecteurs à recourir à cet ouvrage.

Mais, à cette époque, les architectes avaient déjà perdu ce sentiment délicat de la silhouette des édifices, et ils surchargeaient tellement leurs ensembles de détails recherchés que les masses perdaient de leur grandeur. On ne trouve plus, dans la flèche de la Sainte-Chapelle du Palais, cette inclinaison des poteaux de la partie inférieure portant la pyramide ; ceux-ci s’élèvent verticaux, ou à peu près, ce qui alourdit l’ensemble et empêche l’œuvre de filer, d’une venue, du faîtage du comble au sommet. Les détails, trop petits d’échelle, paraissent confus, gênent les lignes principales au lieu de les faire ressortir. Cependant, nous voyons encore, sur le transsept de la cathédrale d’Amiens, une flèche du commencement du XVIe siècle, dans l’exécution de laquelle les qualités signalées ci-dessus sont développées avec un rare bonheur.

Si la flèche de la cathédrale d’Amiens est une œuvre remarquable en elle-même, elle n’est nullement en rapport de proportions avec l’édifice : sa base est grêle, sort du comble brusquement, sans transition ; l’ensemble est mesquin, si on le compare à la grandeur magistrale du monument. Quant à la combinaison de la charpente, elle pèche par l’amas des bois, par le défaut de simplicité. Les charpentiers, maîtres de l’œuvre, Louis Cordon et Simon Taneau, eurent l’idée de porter cette flèche sur une plate-forme composée de pièces horizontales entre-croisées, rendues rigides au moyen de fermes armées au nombre de dix ; ce qui produit, à la souche, un amas de bois si considérable qu’à peine si l’on peut circuler à travers les arbalétriers et les clefs pendantes. Quelque bien armées que soient ces fermes, ce système ne présentant pas des supports directs, il y a toujours relâchement à cause du retrait des bois dans les assemblages et, par suite, flexion. L’intention évidente des maîtres a été d’établir un plancher rigide sur lequel ils ont monté une flèche, indépendante de ce plancher, comme s’ils l’eussent élevée sur le sol. Il y a donc dans la charpente de la flèche d’Amiens deux choses : la plate-forme inférieure et la flèche proprement dite que cette plate-forme est destinée à porter. Cette donnée admise, ces maîtres en ont tiré le meilleur parti possible ; mais le principe est vicieux.

La fig. 25 fait voir, en perspective, cette plate-forme ou plutôt cette enrayure basse, armée. Pour rendre la figure moins confuse, nous avons supposé les clefs pendantes enlevées. On distingue les dix fermes se pénétrant, aux arbalétriers desquels des clefs pendantes vont soutenir les entraits au droit de la portée de chacune des pièces horizontales. Deux