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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/381

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peu près d’égale hauteur, séparées par deux pilettes. Le génie champenois, toujours en avant sur les provinces voisines, porte le constructeur à relier le fenestrage au triforium ; il fait donc descendre les deux colonnettes monolithes A des pilettes séparant les baies jusque sur l’appui du triforium, et pose là deux corbelets pour recevoir leur base. Quant aux deux autres colonnettes B d’encadrement, elles descendent jusque sur les tailloirs des chapiteaux inférieurs, car on observera qu’ici il n’y a pas d’arc formeret saillant mouluré, et que la voûte vient porter directement sur le tympan supérieur C[1]. L’ordonnance des fenêtres, au lieu d’être séparée de l’ordonnance du triforium, comme dans les édifices de l’Île-de-France de la même époque, s’y rattache ; ce qui grandit singulièrement l’intérieur du vaisseau. Ce triforium, qui est fort petit, reprend de l’échelle parce qu’il ne devient plus qu’un appui ajouré du fenestrage. En D nous avons donné le plan des baies au niveau D′, et en E la face extérieure des archivoltes des trois fenêtres qui peuvent être vitrées à l’extérieur par la galerie servant de couverture au triforium[2]. À ce propos on devra observer aussi que généralement les fenêtres hautes sont vitrées du dehors, tandis que celles des collatéraux plus près du sol sont vitrées de l’intérieur. Il y a pour procéder ainsi de bonnes raisons : c’est qu’une fenêtre basse étant vitrée du dehors, il est facile à des malfaiteurs d’enlever la nuit quelques clavettes et les tringlettes, de déposer un panneau des verrières, et de s’introduire dans l’église ; tandis que cette opération ne peut être tentée si les panneaux de vitres sont posés, les clavettes et tringlettes étant à l’intérieur. Mais à la partie supérieure de l’édifice on n’avait pas à redouter ce danger, tandis qu’il fallait prendre certaines précautions pour empêcher la pluie fouettant contre les verrières de s’introduire entre les panneaux : or, les panneaux étant posés à l’intérieur, les grands vents chassant la pluie contre eux, l’eau s’arrête à chaque barre transversale (barlottière) et s’infiltre facilement entre leurs joints ; il y a donc avantage à vitrer les fenêtres les plus exposées au vent par le dehors ; on peut ainsi ménager un recouvrement du plomb d’un panneau sur l’autre, obtenir une surface unie, sans ressauts, et n’arrêtant les gouttes de pluie sur aucun point. On pensera peut-être que nous entrons dans des détails minutieux ; mais, à vrai dire, il n’y a pas de détail dans l’exécution des œuvres d’architecture qui n’ait son importance, et les véritables artistes sont ceux qui savent apporter du soin, de l’observation et de l’étude dans les moindres choses comme dans les plus importantes : aussi les architectes du moyen âge étaient-ils de véritables artistes.

Vers le commencement du XIIIe siècle, l’architecte de la cathédrale de Chartres cherchait des combinaisons de fenêtres entièrement neuves pour

  1. Voy. la coupe de ces fenêtres, avec le système général de la construction de ce chœur, à l’article Construction, fig. 43. À Saint-Remy de Reims, la construction des fenêtres supérieures du chœur est pareille à celle-ci.
  2. Voy. la fig. 43 (Construction).