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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/372

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[fenêtre]
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elle procède quand il s’agit de décorer une ordonnance, elle sait faire des sacrifices ; elle est sobre ici pour paraître plus brillante sur tel point ; elle use des moyens qui ont été le privilège de notre art avant l’ère classique ; elle pense que les fenêtres n’existent pas par elles-mêmes ; que leur dimension, leur forme, sont la conséquence du vide à éclairer. Il est à croire que les architectes grecs, les architectes romains et ceux du moyen âge seraient fort surpris s’ils nous voyaient donner dans des publications sur l’art de l’architecture des exemples de fenêtres sans dire comment, où et pourquoi ces baies sont faites, quelles sont les salles qu’elles éclairent. Cela est, en effet, aussi étrange que le serait, dans une publication sur l’histoire naturelle des animaux une collection d’oreilles présentées sans tenir compte des têtes qui les portent. Une oreille d’âne est fort belle assurément, mais à la condition qu’elle ornera la tête d’un âne. Nous essaierons donc, en présentant des exemples de fenêtres, puisqu’il s’agit ici de ce membre important de l’architecture, d’indiquer leur place et leur fonction, d’expliquer les raisons qui ont fait adopter telle ou telle forme et disposition.

fenêtres appartenant à l’architecture religieuse. — Nous avons dit déjà que dans les églises anciennes, c’est-à-dire dans celles qui ont été construites du VIIIe au XIe siècle, les fenêtres ne recevaient pas de vitraux, que les vitraux étaient une exception ; que ces fenêtres étaient béantes ou fermées, pour briser le vent, par des claires-voies en pierre, en bois ou en métal. C’était une tradition antique. Dans les rudes contrées de la haute Bourgogne, les églises clunisiennes n’admettaient aucune fermeture à leurs fenêtres jusqu’au XIIe siècle. Les fenêtres de la nef de l’église de Vézelay, 1190 à 1110, hautes et basses, étaient sans vitres, sans claires-voies, laissant passer librement l’air et la lumière. Voici, fig. 6, une de ces fenêtres[1]. La section horizontale de ces baies en A donne un double biseau sans feuillure ni repos pour recevoir un châssis. Ce bizeau à l’extérieur avait l’avantage : 1º de permettre à la lumière de s’introduire facilement ; 2º de rompre l’action du vent qui s’engouffrait entre ces deux surfaces inclinées. Une pente B à l’extérieur rejette les eaux pluviales. À l’intérieur l’appui C règne au niveau des tailloirs des chapiteaux. L’archivolte D est immédiatement placée sous le formeret de la voûte ; le cintre de ces baies n’est donc point concentrique au cintre des formerets, mais profite de toute la hauteur du collatéral pour introduire le plus de jour possible. En E nous présentons l’aspect extérieur de la fenêtre.

Dans les provinces de l’Ouest cependant, vers la même époque, les mœurs étaient plus douces, et on ne laissait pas ainsi les intérieurs exposés à tous les vents ; les fenêtres, à la fin du XIe siècle, étaient petites,

  1. Des collatéraux ; celles de la nef haute sont tracées sur le même plan, seulement elles sont plus longues et portent à l’intérieur un appui très-incliné pour permettre à la lumière du ciel de frapper directement le pavé.