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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/371

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rée ; si ce mur est à une distance de cent fois la longueur de la diagonale du trou carré, il n’y aura plus qu’un spectre diffus ; si beaucoup plus loin, les rayons solaires ne laisseront plus de trace : la lumière directe solaire est donc elle-même altérée par les bords du diaphragme qui lui permet de s’introduire dans un vaisseau fermé. Une personne placée au fond d’un souterrain de cinq cent mètres de long dont l’orifice ne serait que de deux mètres, en admettant que les rayons solaires passassent par l’axe de ce souterrain, distinguerait parfaitement son orifice, mais ne recevrait aucune lumière. Ainsi, en admettant même l’intervention directe des rayons solaires, le faisceau lumineux va toujours en diminuant de diamètre de l’extérieur à l’intérieur : donc, toute fenêtre doit avoir une ouverture proportionnée à l’étendue du vaisseau à éclairer ; si cette ouverture est trop petite, on voit la fenêtre, mais elle ne donne plus de lumière directe, et ce n’est pas tant la multiplicité des jours qui donne de la lumière franche dans un intérieur que leur dimension relative. Une salle carrée de vingt-cinq mètres de côté, qui serait éclairée par vingt fenêtres de 1m,00 c. de surface chacune, serait parfaitement sombre dans son milieu, tandis que deux fenêtres de dix mètres de surface chacune, percées dans deux de ses parois opposées, éclaireraient assez ce milieu pour qu’on y pût lire. Les surfaces lumineuses, les fenêtres en un mot, doivent donc être calculées en raison de l’étendue des intérieurs. Il est entendu d’ailleurs que nous ne parlons que des fenêtres prenant le jour direct du ciel, car si elles ne reçoivent que des jours de reflet, il est évident que la pyramide ou le cône lumineux qu’elles produiront à l’intérieur sera beaucoup plus court. L’observation avait peu à peu amené les architectes du XIIe siècle à appliquer ces lois que l’amour pour la symétrie nous a fait négliger, car nous en sommes arrivés, pour obtenir à l’extérieur des façades percées de jours de pareilles dimensions, à éclairer de grandes salles et de petites pièces au moyen de jours semblables entre eux ; nous ne savons plus, ou nous ne voulons plus (pour contenter certaines lois classiques que les anciens se sont bien gardés d’appliquer) produire de grands effets de lumière intérieurs au moyen de jours plus ou moins larges ; nous avons perdu le sentiment du pittoresque dans la façon d’éclairer les intérieurs. Cependant la disposition des jours dans un intérieur, surtout si le vaisseau est grand, divisé, est un des moyens d’obtenir sans frais des effets puissants. Nous voyons l’architecture romane, quand elle se dégage de la barbarie, pousser très-loin déjà cette connaissance de l’introduction de la lumière du jour dans l’intérieur de ses églises et de ses grandes salles ; cette architecture admet que certaines parties d’un vaisseau doivent être plus éclairées que d’autres ; elle inondera un sanctuaire de lumière et laissera la nef dans un demi-jour, ou bien elle prendra dans les extrémités du transsept des jours énormes, tandis qu’elle laissera le sanctuaire dans l’obscurité, ou bien encore elle percera de petites fenêtres dans les murs des collatéraux, tandis qu’elle rendra les voûtes hautes lumineuses ; elle procédera avec la lumière comme