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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/368

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est probable qu’on s’en passait, ou du moins qu’on ne l’employait qu’avec parcimonie. Pendant les premiers siècles du moyen âge le verre devait être une matière assez rare pour qu’on évitât de l’employer. Observons ceci d’abord, c’est qu’aujourd’hui encore, en Italie, en Espagne, et même dans le midi de la France, on ne demande pas dans les intérieurs la lumière que nous aimons à répandre dans nos appartements ou dans nos édifices publics. Dans les pays méridionaux la vie est extérieure, on ne s’enferme guère que pour méditer et pour dormir ; or, pour se livrer à la méditation, on n’a pas besoin d’une grande lumière, encore moins pour dormir et se reposer. Les Romains, qui ne modifiaient pas leur architecture en raison du climat, mais qui bâtissaient à Paris ou à Cologne comme à Rome, avaient laissé dans les Gaules des traditions qui ne furent abandonnées qu’assez tard. Dans les édifices publics, les fenêtres étaient de grandes baies cintrées percées sous les voûtes à travers les murs de remplissage ; dans les habitations, les fenêtres n’étaient que des ouvertures assez étroites, rectangulaires, pour pouvoir recevoir des châssis de bois sur lesquels on posait du papier huilé, des canevas ou des morceaux de verre enchassés dans un treillis de bois ou de métal. Rarement dans les édifices publics les fenêtres étaient vitrées ; ou bien elles étaient assez étroites pour empêcher le vent de s’engouffrer dans les intérieurs ; ou, si elles étaient larges, on les garnissait de réseaux de pierre, de métal ou de bois destinés à tamiser l’air venant de l’extérieur. Beaucoup d’églises et de salles romanes, jusqu’au XIIe siècle, possédaient des fenêtres sans aucune fermeture ou claire-voie. La forme de ces fenêtres est indiquée dans la fig. 1. Ne devant pas être garnies de châssis, il était naturel de cintrer ces baies et de leur donner à l’intérieur un large ébrasement pour faciliter l’entrée de la lumière. Lorsque ces baies étaient étroites (ce qui était fréquent, afin de rompre autant que possible l’effort du vent), on ne se donnait pas la peine de bander un arc appareillé au-dessus des jambages à l’extérieur ; mais on se contentait de tailler une