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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/322

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[escalier]
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escaliers de charpente et de menuiserie. — Des escaliers de bois antérieurs au XVIe siècle, il ne nous reste que très-peu de fragments. Les plus anciens sont peut-être les deux vis du sacraire de la Sainte-Chapelle de Paris[1] ; il est vrai que ce sont des chefs-d’œuvre de menuiserie du XIIIe siècle. Cependant les architectes du moyen âge avaient poussé très-loin l’art de disposer les escaliers de bois dans des logis, et en ceci leur subtilité avait dû leur venir en aide, car de toutes les parties de la construction des édifices ou maisons particulières, l’escalier est celle qui demande le plus d’adresse et d’étude, surtout lorsque, comme il arrivait souvent dans les villes et même les habitations seigneuriales du moyen âge, on manquait de place. Ainsi qu’on peut le reconnaître en examinant les intérieurs des châteaux et des maisons, les architectes faisaient des escaliers de bois à un ou deux ou quatre noyaux, à double rampe ; ils allaient jusqu’à faire des escaliers à vis en bois tournant sur un pivot, de manière à masquer d’un coup toutes les portes des appartements des étages supérieurs. Dans son Théâtre de l’art du Charpentier, Mathurin Jousse (1627) nous a conservé quelques-unes de ces méthodes encore usitées de son temps[2]. « Personne n’ignore, dit cet auteur[3], qu’entre toutes les pièces de la charpente d’un logis, la montée ne cède en commodité et utilité à aucune autre ; estant le passage, est comme l’instrument commun de l’usage et service que rendent les chambres, estages et tout l’édifice : et si elle est utile, elle n’est pas moins gentille, mais aussi difficile, tant pour le tracement, joinctures et assemblages, que pour la diversité qui se retrouve en icelles : car outre les ordinaires, qui se font communes à toutes les chambres d’un logis, il y en a qui (bien qu’elles soient communes) ont néantmoins telle propriété, que deux personnes de deux divers logis ou chambres peuvent monter par icelles sans s’entre-pouvoir voir : et par ainsi une seule fera fonction de deux, et sera commune sans l’estre. Il s’en fait encores d’autres façons, non moins gentilles que les précédentes : car estans basties sur un pivot, elles se tournent aisément, de sorte qu’en un demy-tour elles peuvent fermer toutes les chambres d’une maison, et forclorre le passage aux endroicts où auparavant elle le donnoit… »

Avant de présenter quelques exemples d’escaliers en charpente ou menuiserie, il est nécessaire d’indiquer d’abord quels sont les éléments

  1. Un seul de ces escaliers est ancien, le second a été refait exactement sur le modèle de celui qui existait encore au moment où les travaux de restauration ont été entrepris.
  2. Nous l’avons dit déjà bien des fois, la Renaissance en France ne fut guère qu’une parure nouvelle dont on revêtissait l’architecture ; le constructeur, jusqu’au milieu du XVIIe siècle, restait français, conservait et reproduisait ses vieilles méthodes beaucoup meilleures que celles admises depuis cette époque jusqu’à la fin du dernier siècle.
  3. cxviiie figure, page 155.