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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/308

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[escalier]
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Les architectes, devenus très-habiles traceurs-géomètres dès la fin du XIIIe siècle, trouvaient dans la composition des escaliers un sujet propre à développer leur savoir, à exciter leur imagination. Leur système de construction, leur style d’architecture se prêtait merveilleusement à l’emploi de combinaisons compliquées, savantes, et empreintes d’une grande liberté ; aussi (bien que les monuments existants soient malheureusement fort rares) les descriptions de châteaux et de monastères font-elles mention d’escaliers remarquables.

Souvent, par exemple, ces grandes vis de palais étaient à double révolution, de sorte que l’on pouvait descendre par l’une et remonter par l’autre sans se rencontrer et même sans se voir. D’autres fois, deux vis s’élevaient l’une dans l’autre ; l’une dans une cage intérieure, l’autre dans une cage extérieure ; combinaison dont on peut se faire une idée, en supposant que la petite vis figurée dans la coupe, figure 11, descend jusqu’au rez-de-chaussée. La vis intérieure devenait escalier de service, et le degré circonvolutant, escalier d’honneur. Indépendamment des avantages que l’on pouvait tirer de ces combinaisons, il est certain que les architectes, aussi bien que leurs clients, se plaisaient à ces raffinements de bâtisses ; dans ces châteaux où les journées paraissaient fort longues, ces bizarreries, ces surprises, étaient autant de distractions à la vie monotone des châtelains et de leurs hôtes.

On voyait aux Bernardins de Paris, dit Sauval[1], « une vis tournante à double colonne (noyau) où l’on entre par deux portes, et où l’on monte par deux endroits, sans que de l’un on puisse être vu dans l’autre ; cette vis a dix pieds de profondeur (3m, 25), et chaque marche porte de hauteur huit à neuf pouces (0m, 23). Les marches sont délardées, et ne sont point revêtues d’autres pierres. C’est le degré de la manière la plus simple, et la plus rare de Paris ; toutes les marches sont par dessous délardées. Sa beauté et sa simplicité consistent dans les girons de l’un et de l’autre, portant un pied ou environ, qui sont entrelassés, enclavés, emboîtés, enchaînés, enchâssés, entretaillés l’un dans l’autre, et s’entremordant d’une façon aussi ferme que gentille. Les marches de l’autre bout sont appuyées sur la muraille de la tour qui l’environne ; ces deux escaliers sont égaux l’un à l’autre en toutes leurs parties ; la façon du noyau est semblable de haut en bas, et les marches pareilles en longueur, en largeur et en hauteur. L’église et le degré furent commencés par le pape Benoît XII du nom, de l’ordre de saint Bernard, continué par un cardinal du même ordre nommé Guillaume. Ces degrés n’ont que deux croisées, l’une qui les éclaire tous deux par en haut, l’autre par en bas[2]. » En cherchant à expliquer par une figure la description de Sauval, on trouverait le plan (13). En A et B sont les deux entrées, en C et D les deux premières marches ; le nombre de marches à monter de C

  1. Hist. et Antiq. de la ville de Paris, l. IV, t. I, p. 435.
  2. Ce fut en 1336 que le pape Benoît XII commença l’église des Bernardins de Paris.