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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/236

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[engin]
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Nous avons vu que la fronde du trébuchet a ses deux branches attachées à la tête de la verge, et que le projectile quitte la poche de cette fronde par l’effet d’une secousse produite par des sous-tendeurs. Dans les représentations des engins à verge et à balancier, l’un des bras de la fronde est fixé à l’extrémité de la verge et l’autre est simplement passé dans un style disposé de telle façon que, quand la verge arrive à son apogée, ce bras de fronde quitte son style et le projectile est lancé comme la balle d’une fronde à main. Cet engin, ainsi que nous le disions tout à l’heure, possède d’autres qualités que le trébuchet. Le trébuchet, par son mouvement brusque, saccadé, était bon pour lancer les projectiles par-dessus de hautes murailles, sur des combles, comme nos mortiers lancent les bombes ; mais il ne pouvait faire décrire au projectile une parabole très-allongée se rapprochant de la ligne horizontale. Le tir du mangonneau pouvait se régler beaucoup mieux que celui du trébuchet, parce qu’il décrivait un plus grand arc de cercle et qu’il était possible d’accélérer son mouvement.

Essayons donc d’expliquer cet engin.

D’abord (voy. fig. 13) la verge, au lieu de passer dans l’axe du tourillon, se trouvait fixée en dehors, ainsi que l’indique le tracé en A. À son extrémité inférieure, qui s’élargissait beaucoup (nous allons voir comment et pourquoi), étaient attachés des poids, lingots de fer ou de plomb, ou des pierres, maintenus par une armature et un coffre de planches B. Dans son état normal, la verge, au lieu d’être verticale comme dans le trébuchet, devait nécessairement s’incliner du côté de l’ennemi, c’est-à-dire sur la face de l’engin[1], à cause de la position du contre-poids et celle de l’arbre. Pour abaisser la verge, on se servait de deux roues C, fixées à un treuil et correspondant à deux poulies de renvoi D. Il est clair que devant l’ennemi, il n’était pas possible de faire monter un servant au sommet de la verge pour y fixer la corde double de tirage avec sa poulie et son crochet, d’abord parce que cette corde et cette poulie devaient être d’un poids assez considérable, puis parce qu’un homme qui se serait ainsi exposé aux regards ennemis eût servi de point de mire à tous les archers et arbalétriers. Nous avons vu tout à l’heure que ces engins étaient entourés de barrières et de claies destinées à garantir les servants qui restaient sur le sol. Au moyen d’un petit treuil E, attaché aux parois de la caisse du contre-poids et mu par deux manivelles, on amenait, à l’aide de la corde double F passant par deux fortes poulies G, la poulie H et son crochet auquel préalablement on avait accroché l’autre poulie K. La verge abaissée suivant l’inclinaison LM, on faisait sauter le crochet de la poulie K, et la verge décrivait l’arc de cercle MN. Les servants précipitaient ce mouvement en tirant sur plusieurs cordes attachées en O, suivant la direction OR. Si, lors du décliquement de la verge, les servants tiraient vivement et bien ensemble sur ces cordes, ils

  1. Dans ce profil, nous supposons l’une des faces du chevalet enlevée pour laisser voir l’emmanchement du tourillon avec la verge.