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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/235

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[engin]
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siége du château de Minerve (en Minervois), dit ce même auteur, « on éleva du côté des Gascons une machine de celles qu’on nomme mangonneaux, dans laquelle ils travaillaient nuit et jour avec beaucoup d’ardeur. Pareillement, au midi et au nord, on dressa deux machines, savoir une de chaque côté ; enfin, du côté du comte, c’est-à-dire à l’orient, était une excellente et immense pierrière, qui chaque jour coûtait vingt et une livres pour le salaire des ouvriers qui y étaient employés. » Au siège de Castelnaudary, entrepris contre Simon de Montfort, le comte de Toulouse fit « préparer un engin de grandeur monstrueuse pour ruiner les murailles du château, lequel lançait des pierres énormes, et renversait tout ce qu’il atteignait… Un jour le comte (Simon de Montfort) s’avançait pour détruire la susdite machine ; et comme les ennemis l’avaient entourée de fossés et de barrières tellement que nos gens ne pouvaient y arriver… » En effet, on avait toujours le soin d’entourer ces engins de barrières, de claies, tant pour empêcher les ennemis de les détruire que pour préserver les hommes qui les servaient. Au siège de Toulouse, Pierre de Vaux-Cernay raconte que, dans le combat où Simon de Montfort fut tué, « le comte et le peu de monde qui était avec lui se retirant à cause d’une grêle de pierres et de l’insupportable nuée de flèches qui les accablaient, s’arrêtèrent devant les machines, derrière des claies, pour se mettre à l’abri des unes et des autres ; car les ennemis lançaient sur les nôtres une énorme quantité de cailloux au moyen de deux trébuchets, un mangonneau et plusieurs engins… » C’est alors que Simon de Montfort fut atteint d’une pierre lancée par une pierrière que servaient des femmes sur la place de Saint-Sernin, c’est-à-dire à cent toises au moins de l’endroit où se livrait le combat. Quelquefois les anciens auteurs semblent distinguer, comme dans ce passage, les trébuchets des mangonneaux. Les mangonneaux sont certainement des machines à contre-poids comme les trébuchets ; mais les mangonneaux avaient un poids fixe placé à la queue de la verge au lieu d’un poids mobile, ce qui leur donnait une qualité particulière.

Villard de Honnecourt appelle l’engin à contre-poids suspendu par des bielles, à contre-poids en forme de huche, trébuchet ; d’où l’on doit conclure que si le mangonneau est aussi un engin à contre-poids, ce ne peut être que l’engin-balancier, tel que celui figuré dans le bas-relief de Saint-Nazaire de Carcassonne[1] et dans beaucoup de vignettes de manuscrits[2].

  1. Bas-relief que l’on suppose représenter la mort de Simon de Montfort, et qui est déposé dans la chapelle Saint-Laurent de l’église Saint-Nazaire de la cité de Carcassonne.
  2. Librilla dicitur instrumentum librandi, id est, projiciendi lapides in castra, Mangonus (voy. Ducange, Gloss. Mangonus),

    « En ront mangoniaus et perieres,
    Qui souvent tendent et destendent
    En destachant grant escrois rendent,
    Pierres qui par l’air se remue. »

    (Guill. Guiart.)