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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 3.djvu/85

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d’homme, sur laquelle était un ouvrage avancé commandant la circonvallation du plateau ; le profil du souterrain communiquant du château au donjon est tracé en H. On ne pouvait entrer, du plateau, dans les enceintes du donjon que par une poterne percée sur le flanc de la courtine extérieure de droite et faisant face à l’escarpement, de manière qu’il était impossible de voir cette entrée soit du plateau, soit du bas de l’escarpement (voy. Donjon).

Coupe.chateau.La.Roche.Guyon.png


Notre profil fait comprendre comment il était difficile à un assiégeant de se tenir dans le château inférieur sans posséder en même temps le donjon supérieur ; si, après s’être emparé du château, il eût voulu s’y loger, il était infailliblement écrasé par la garnison du donjon. Quant à s’emparer du donjon, enveloppé dans sa double enceinte, on ne pouvait le tenter que par un blocus. Mais comment bloquer une forteresse qui possédait une issue souterraine très-praticable communiquant avec une défense inférieure commandée et une large rivière ? Sous le rapport stratégique, la position du château de la Roche-Guyon était donc excellente et évidemment choisie pour garder cette presqu’île de Bonnière si facile à défendre à la gorge. Deux ou trois mille hommes dans la presqu’île, et quatre ou cinq cents hommes dans le château et ses dépendances s’appuyant mutuellement, quoique séparés par la Seine, pouvaient arrêter une armée considérable et paralyser ses mouvements sur l’une ou l’autre rive de la Seine.

À quelques kilomètres de la Roche-Guyon, en descendant la Seine, nous rencontrons un château dont la position stratégique est plus forte et mieux choisie encore que celle de la Roche-Guyon ; c’est le château Gaillard, près les Andelys. Bâti par Richard Cœur de Lion, après que ce prince eut reconnu la faute qu’il avait faite, par le traité d’Issoudun, en laissant à Philippe-Auguste le Vexin et la ville de Gisors, ce château conserve encore, malgré son état de ruine, l’empreinte du génie militaire du roi anglo-normand. Mauvais politique, Richard était un homme de