Ouvrir le menu principal

Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 3.djvu/471

Cette page a été validée par deux contributeurs.
[clôture]
— 468 —

monastiques carlovingiens. C’est ainsi que les cathédrales de Bamberg et de Trèves, pourvues de deux absides opposées comme toutes les cathédrales rhénanes, ont conservé encore des clôtures des XIe et XIIe siècles, en pierre, richement sculptées ; elles nous indiquent quelle était la forme et la décoration des clôtures d’églises abbatiales. À défaut de monuments analogues existant en France, on peut recourir aux monuments que nous venons de citer. Celle du chœur oriental de Bamberg se compose, entre chaque pile du sanctuaire, d’un mur élevé, dans le soubassement duquel sont percés des arcs qui éclairent la crypte. Une arcature forme la décoration principale à l’extérieur, et sous chaque arcade sont sculptées deux figures d’apôtres de 1m,10 de hauteur environ, d’un grand style quoique déjà maniéré. Ces apôtres semblent discuter entre eux ; ils ont tous un phylactère déroulé dans la main. Toute cette décoration était peinte et les colonnes dorées. Il est regrettable que nous n’ayons conservé en France aucune clôture de cette époque, car il n’est pas douteux que ces monuments intérieurs dussent être fort beaux et traités avec un grand soin. Il ne nous reste plus, dans quelques églises monastiques, que des clôtures en fer d’une époque plus récente, c’est-à-dire exécutées lorsque les abbés voulurent laisser voir le chœur de leurs églises. Il y avait, dans l’église de Saint-Denis de l’abbé Suger, de très-belles clôtures en fer forgé dont il existe encore quelques fragments, et nous voyons encore autour du sanctuaire de l’église abbatiale de Saint-Germer en Beauvoisis les grilles qui servaient de clôture et qui datent du commencement du XIIIe siècle. Jusque pendant le dernier siècle, les églises monastiques supprimèrent autant qu’elles le purent les clôtures pleines pour les remplacer par des claires-voies en pierre, en bois ou en fer ; cependant on trouve, dans quelques pauvres églises, des restes de clôtures fermées autour des chœurs. L’église abbatiale de Saint-Seine en Bourgogne a conservé sa clôture en grossière maçonnerie, couverte, du côté extérieur, de peintures du commencement du XVIe siècle représentant l’histoire de saint Seine.

clôtures des chœurs des cathédrales. En France, des clôtures de chœur existaient dans les églises cathédrales primitives ; mais, lorsqu’au XIIe siècle les évêques français reconstruisirent ces monuments sur des plans beaucoup plus vastes et d’après des programmes nouveaux, il ne paraît pas qu’ils aient songé à fermer les chœurs par des clôtures fixes (voy. Chœur). Ce n’est que vers la fin du XIIIe siècle que nous voyons en France élever des clôtures en pierre autour des chœurs des cathédrales. L’une des plus anciennes est celle dont il reste des fragments derrière les stalles de la cathédrale de Paris ; elle fut commencée pendant les dernières années du XIIIe siècle, et achevée en 1351 par Jean le Bouteillier[1]. Cette clôture représente l’histoire de Notre-Seigneur disposée par travées, formant une suite de scènes ronde-bosse entre les piliers du chœur. Ces

  1. Voy. Corrozet, Du Breul, et la Description de Notre-Dame de Paris par MM. de Guilhermy et Viollet-le-Duc. Bance, 1856.