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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 3.djvu/374

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[clocher]
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pendant leur construction, ou qu’elles étaient de petite dimension, ainsi que nous l’avons dit plus haut.

Nous pourrions fournir encore de nombreux exemples de ces clochers de l’époque de transition bâtis dans le voisinage de l’Île-de-France ; mais il faut nous borner. Il nous reste à faire voir comment les architectes du XIIIe siècle surent profiter des tentatives de leurs prédécesseurs, et appliquer les principes nés dans les provinces de l’Ouest, de l’Est et du Nord, au nouveau mode de construction inauguré, à la fin du XIIe siècle, dans l’Île-de-France.

Un des rares clochers complets, du commencement du XIIIe siècle, est celui qui flanque la façade de la cathédrale de Senlis, du côté méridional. Nous en donnons la vue perspective (63). Bâti d’un seul jet, pendant les premières années du XIIIe siècle, en matériaux d’excellente qualité, ce clocher nous montre déjà les tendances des architectes du XIIIe siècle à chercher les effets surprenants. S’élevant sur une base carrée à peu près pleine, mais sous laquelle s’ouvre une charmante porte donnant sur le bas-côté sud de la cathédrale (voy. Porte), ce clocher latéral, contrairement aux habitudes des constructeurs antérieurs, n’est plus un monument isolé ; il participe intimement au plan de l’église ; son rez-de-chaussée sert de vestibule à l’un des collatéraux. Déjà les clochers latéraux de l’église abbatiale de Saint-Denis, élevés par l’abbé Suger, présentaient cette disposition, qui paraît avoir été adoptée dans l’Île-de-France dès le XIIe siècle. Au-dessus du rez-de-chaussée est un étage voûté, éclairé, sur chaque face, par des baies jumelles ; puis, immédiatement au-dessus de cet étage, s’élève le beffroi sur plan octogone. Un escalier A, pris dans un angle renforcé, et non plus indépendant comme dans les exemples précédents, donne entrée dans l’étage du beffroi. De grands pinacles à jour posés sur les angles du carré servent de transition entre cette base carrée et l’étage octogonal. L’un de ces pinacles contient une tour ronde B qui renferme le sommet de l’escalier. Quatre longues baies, ouvertes dans toute la hauteur du beffroi sur les quatre faces parallèles au carré, laissent sortir le son des cloches. Trois autres baies plus petites s’ouvrent dans les autres faces, sous les pinacles, ainsi que l’indique la fig. 64. Cette figure nous fait voir la disposition des pyramides à jour qui couronnent ces pinacles ; leur axe ne correspond pas à l’axe des pinacles, mais ces pyramides s’appuient sur les faces de l’étage octogone vertical, comme pour leur servir de contre-forts. Cette déviation de l’axe des pyramides, bien qu’assez bizarre quand on examine les pinacles isolément, produit, dans l’ensemble, un très-bon effet, car elle conduit l’œil de la base carrée à l’inclinaison des côtés de la grande pyramide de couronnement, ainsi que le fait voir notre fig. 63. La pyramide supérieure, à huit pans comme la tour qui la reçoit, porte sur chacune de ses faces une grande lucarne, dont l’ouverture laisse une issue au son des cloches. Ces lucarnes sont d’un beau style ; les découpures qui ornent leurs écoinçons et leurs tympans, taillées à vives arêtes, produisent beaucoup d’effet à la