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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 3.djvu/285

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[cloche]
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de proportions, la proportion absolue et la proportion relative ; l’une qui produit la sonorité de la cloche, l’autre qui établit des rapports d’harmonie, des accords entre plusieurs cloches. Il y a aujourd’hui, pour obtenir ces résultats, des formules que l’on déclare infaillibles quant à l’alliage des métaux et aux formes à donner aux cloches ; ce qui n’empêche pas nos fondeurs de fabriquer trop souvent des cloches d’un mauvais son, tandis que toutes les cloches anciennes encore existantes sont remarquables par la beauté et la pureté des vibrations sonores. Toutefois, comme nous ne voulons pas nous faire de querelles avec les fondeurs de cloches, nous reconnaissant incapables de discuter sur leur art en connaissance de cause, nous admettrons, si l’on veut, que, si les anciennes cloches connues sont particulièrement remarquables par la qualité de leur son, c’est qu’on a brisé de préférence toutes celles qui étaient défectueuses ; or, comme on en a brisé un nombre considérable, nos fondeurs peuvent soutenir que la plupart d’entre elles ne valaient rien.

On distingue dans les cloches plusieurs parties qui, chacune, ont un nom : la patte, ou le bord inférieur qui est mince ; la panse (d’autres disent la pinse), c’est la partie la plus épaisse contre laquelle frappe le battant ; les saussures, c’est la partie moyenne de la cloche se rapprochant de la forme cylindrique ; la gorge ou la fourniture, c’est le passage entre les saussures et la panse, le point où le métal s’épaissit et où la cloche commence à prendre un diamètre plus fort ; le vase supérieur, c’est la partie supérieure de la cloche à peu près cylindrique, entre les saussures et le cerveau ; le cerveau, c’est la calotte supérieure, recevant l’anneau auquel le battant est suspendu ; les anses, qui sont les bras supérieurs au moyen desquels on suspend la cloche au mouton ; le battant, qui est de fer forgé, en forme de poire très-allongée terminée par un appendice ou poids, destiné à lui donner de la volée. Le battant porte au sommet de sa tige un anneau qui sert à l’attacher à l’intérieur du cerveau au moyen d’une forte courroie en cuir. Le P. Marsenne[1] a laissé le premier une méthode sûre pour fondre les cloches ; il établit les rapports qui doivent exister entre les diamètres de l’instrument à toutes les hauteurs et les épaisseurs relatives des diverses parties. La matière qui sert à fondre les cloches est un composé de cuivre rosette et d’étain fin. Le cuivre entre pour trois quarts et l’étain pour un quart. On a cru longtemps que l’argent mêlé à cet alliage donnait aux cloches un son plus pur, et la piété des fidèles ajoutait cet appoint à l’alliage dans d’assez fortes proportions. Il est certain qu’aujourd’hui on a renoncé à jeter de l’argent dans le fourneau des fondeurs de cloches, et nous sommes assez disposés à croire qu’autrefois il en entrait plus dans la bourse de ces industriels que dans leurs creusets, car nos sous, dits de métal de cloches, et façonnés, à la fin du dernier siècle, avec les débris de ces instruments, ne contiennent qu’une très-faible partie d’argent ; cependant il s’y en trouve.

  1. Harmonie univers., t. II, liv. VII.