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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 3.djvu/239

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[chœur]
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les écrivains du moyen âge qui ont parlé longuement de la construction des églises en auraient dit un mot.

Nous hasarderons aussi notre opinion personnelle, sans toutefois prétendre la donner comme résolvant la question ; nous dirons tout d’abord qu’elle n’est basée que sur une observation pratique et purement matérielle. Les églises qui présentent cette déviation dans leur axe sont toutes bâties à la fin du XIIe siècle ou au commencement du XIIIe ; on les construisait partiellement sur l’emplacement d’églises déjà existantes ; c’est-à-dire qu’en conservant la nef pour ne pas interrompre les offices, on bâtissait le chœur, ou, ce qui était plus rare, conservant le chœur ancien, on rebâtissait d’abord la nef, ainsi que cela eut lieu pour la cathédrale d’Amiens. Il arrivait souvent qu’en reconstruisant le chœur on élevait en même temps la façade occidentale, afin de donner aux fidèles, le plus promptement possible, une idée de la grandeur du monument et d’encourager leurs efforts ; ou bien, par des raisons d’économie faciles à comprendre, on comptait se servir des fondations anciennes lorsque, l’abside achevée, on rebâtirait la nef. Ces deux opérations successives, ce raccordement ne laissaient pas de présenter des difficultés de plantation assez grandes, surtout à une époque où l’on ne possédait pas d’instruments de précision appropriés à la plantation des édifices, où l’on ne pouvait se servir que de cordeaux et de jalons ; alors même l’instrument très-imparfait, connu sous le nom d’équerre d’arpenteur, n’était pas en usage. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que les cathédrales, aussi bien que les églises conventuelles, étaient, à cette époque, entourées d’une quantité de bâtiments accessoires, cloîtres, trésors, sacristies, librairies, logements, que les évêques ainsi que les moines conservaient debout aussi longtemps que cela était possible, puisque ces bâtiments servaient journellement. Le maître de l’œuvre, en plantant un chœur avec l’idée de le raccorder plus tard à une nef existante ou à reconstruire sur d’anciennes fondations, ne pouvait se mettre en communication immédiate avec cette seconde partie. Il devait fermer hermétiquement la portion conservée de l’édifice, et planter son abside au moyen de lignes d’emprunt qu’il lui fallait prendre au milieu d’une masse compacte de bâtiments. Or aujourd’hui, avec l’aide de nos instruments si parfaits, cette opération présente d’assez sérieuses difficultés, ne réussit pas toujours, et on constate des erreurs lorsqu’on en vient au raccordement. Le raccordement exact de l’axe ancien avec l’axe nouveau est un, tandis que la chance d’erreurs est infinie. Nous sommes donc disposés à penser que ces déviations des chœurs de nos églises proviennent d’erreurs, inévitables alors, dans la plantation de monuments construits à deux reprises. Si l’on pouvait nous fournir deux exemples seulement d’églises bâties d’un seul jet et dans lesquelles les chœurs seraient inclinés du même côté, nous serions disposés à admettre une raison symbolique ; jusqu’alors nous regarderons l’opinion que nous venons d’émettre comme étant la plus probable.

On nous objectera peut-être que, lorsque les maîtres des œuvres en