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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 3.djvu/153

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[chateau]
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prince, Louis d’Orléans était un des seigneurs les plus magnifiques, aimant les arts, instruit, ce qui ne l’empêchait pas d’être plein d’ambition et d’amour du pouvoir ; aussi voulut-il que son nouveau château fut, à la fois, une des plus somptueuses résidences de cette époque et une forteresse construite de manière à défier toutes les attaques. Monstrelet en parle comme d’une place de premier ordre et un lieu admirable.

Pendant sa construction, le château de Pierrefonds, défendu par Bosquiaux, capitaine du parti des Armagnacs, fut attaqué par le comte de Saint-Pol, envoyé par Charles VI pour réduire les places occupées par son frère ; Bosquiaux, plutôt que de risquer de laisser assiéger ce beau château encore inachevé, sur l’avis du duc d’Orléans, rendit la place, qui, plus tard, lui fut restituée. Le comte de Saint-Pol ne la quitta toutefois qu’en y mettant le feu. Louis d’Orléans répara le dommage et acheva son œuvre. En 1420, le château de Pierrefonds, dont la garnison était dépourvue de vivres et de munitions, ouvrit ses portes aux Anglais. Charles d’Orléans et Louis XII complétèrent cette résidence ; toutefois il est à croire que ces derniers travaux ne consistaient guère qu’en ouvrages intérieurs, car la masse encore imposante des constructions appartient aux commencements du XVe siècle.

Le château de Pierrefonds, dont nous donnons le plan (24), au niveau du rez-de-chaussée de la cour[1], est à la fois une forteresse de premier ordre et une résidence renfermant tous les services destinés à pourvoir à l’existence d’un grand seigneur et d’une nombreuse réunion de chevaliers. Séparée du plateau à l’extrémité duquel il est assis par un fossé A creusé à main d’homme dans le roc, son entrée principale G est précédée d’une vaste basse-cour C, autour de laquelle s’élevaient les écuries, étables et logements des serviteurs. On voit encore en C′ l’abreuvoir circulaire destinée au bétail et aux chevaux. La porte d’entrée de la basse-cour était percée dans le mur de clôture de l’est. Les trois côtés nord, ouest et est du château dominent des escarpements très-prononcés au bas desquels s’étend le bourg de Pierrefonds. Pour pénétrer dans le château, il fallait franchir une porte ouverte à l’extrémité du mur des lices vers le point D, suivre sous les remparts les terrasses EE′E″, entrer par la porte orientale de la basse-cour vers F, traverser diagonalement cette basse-cour, et se présenter devant l’entrée G percée d’une porte charretière et d’une poterne en équerre s’ouvrant de flanc. Cette première défense franchie sous l’énorme tour I du donjon qui la commande perpendiculairement, on se trouvait sur un pont de bois soutenu par deux piles isolées, et on arrivait aux ponts-levis H et K de la porte et de la poterne. Outre les ponts-levis, le couloir d’entrée L était muni de deux portes et d’une herse tombant en arrière de la petite porte du corps de garde M. Ce corps de garde occupait le rez-de-chaussée d’une haute tour de guet carrée, munie de son petit escalier particulier et de ses latrines N à tous les étages. Par elle-même,

  1. Ce plan est à l’échelle de 0,001 mill. pour mètre.