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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/78

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die particulièrement, où la croisée des églises était toujours couronnée par une tour centrale, les grands arcs-doubleaux ont deux rangs de claveaux placés côte à côte à l’intrados au lieu d’un seul, ainsi qu’on le pratiquait dans l’Île-de-France, la Bourgogne et la Champagne ; cela permettait de donner moins de saillie aux quatre piliers et de mieux démasquer les chœurs ; toutefois cette disposition ne rassure pas l’œil comme cette succession d’arcs concentriques se débordant les uns les autres et reposant sur un seul arc à l’intrados.

À partir du XIIIe siècle jusqu’au XVIe, les arcs-doubleaux, les arcs-ogives et les formerets ne sont plus ornés que par des moulures, sauf quelques très-rares exceptions ; ainsi dans les chapelles du chœur de Saint-Étienne de Caen, qui datent du commencement du XIIIe siècle, les arcs-ogives sont décorés par une dentelure (47), mais il faut dire qu’en Normandie ces sortes d’ornements, restes de l’architecture romane, soit par suite d’un goût particulier, soit à cause de la facilité avec laquelle se taille la pierre de Caen, empiètent sur l’architecture ogivale jusque vers le milieu du XIIIe siècle.

Arcs.ogive.png

Pendant le XIIe siècle, en Bourgogne, dans l’Île-de-France, on voit encore les arcs-doubleaux et les arcs-ogives ornés de dents de scie, de pointes de diamant, de bâtons rompus (48) ; salle capitulaire de l’église de Vézelay, porche de l’église de Saint-Denis, etc. Les arcs-ogives du chœur de l’église de Saint-Germer sont couverts de riches ornements.

C’est à la fin du XVe siècle et pendant le XVIe que l’on appliqua de nouveau des ornements aux arcs-doubleaux, arcs-ogives et formerets, mais alors ces ornements présentaient de grandes saillies débordant les moulures ; le chœur de l’église de Saint-Pierre de Caen est un des exemples les plus riches de ce genre de décoration appliqué aux arcs des voûtes ; mais c’est là un abus de l’ornementation que nous ne saurions trop blâmer, en ce qu’il détruit cette pureté de lignes qui séduit dans les voûtes en arcs d’ogives, qu’il les alourdit et fait craindre leur chute.