Ouvrir le menu principal

Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/7

Cette page a été validée par deux contributeurs.
viii

doit périr, c’est l’esprit qui a fait élever ces monuments, car cet esprit c’est le nôtre, c’est l’âme du pays. Dans l’ouvrage que nous livrons aujourd’hui au public nous avons essayé non-seulement de donner de nombreux exemples des formes diverses adoptées par l’architecture du moyen âge, suivant un ordre chronologique, mais surtout et avant tout de faire connaître les raisons d’être de ces formes, les principes qui les ont fait admettre, les mœurs et les idées au milieu desquelles elles ont pris naissance. Il nous a paru difficile de rendre compte des transformations successives des arts de l’architecture sans donner en même temps un aperçu de la civilisation dont cette architecture est comme l’enveloppe, et si la tâche s’est trouvée au-dessus de nos forces, nous aurons au moins ouvert une voie nouvelle à parcourir, car nous ne saurions admettre l’étude du vêtement indépendamment de l’étude de l’homme qui le porte. Or toute sympathie pour telle ou telle forme de l’art mise de côté, nous avons été frappé de l’harmonie complète qui existe entre les arts du moyen âge et l’esprit des peuples au milieu desquels ils se sont développés. Du moment où la civilisation du moyen âge se sent vivre, elle tend à progresser rapidement, elle procède par une suite d’essais sans s’arrêter un instant ; à peine a-t-elle entrevu un principe qu’elle en déduit les conséquences, et arrive promptement à l’abus sans se donner le temps de développer son thème ; c’est là le côté faible, mais aussi le côté instructif des arts du xiie au xvie siècle. Les arts compris dans cette période de trois siècles ne peuvent, pour ainsi dire, être saisis sur un point, c’est une chaîne non interrompue dont tous les anneaux sont rivés à la hâte par les lois impérieuses de la logique. Vouloir écrire une histoire de l’architecture du moyen âge, ce serait peut-être tenter l’impossible, car il faudrait embrasser à la fois, et faire marcher parallèlement l’histoire religieuse, politique, féodale et civile de plusieurs peuples ; il faudrait constater les influences diverses qui ont apporté leurs éléments à des degrés différents dans telle ou telle contrée, trouver le lien de ces influences, analyser leurs