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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/437

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portes principales de pareille sorte ensemble, et aulcunes poternes et saillies embellissoient et fortifioient grantement ladite closture ; car chascune d’elles avoit en front son boluvert à manière de bastillon, grant, fort et deffendable, garni de tout instrument de guerre, et souverainement de traicts à poudre à planté. » On voit dans cette description le bastion se dessiner nettement, comme un accessoire important de la défense pour fortifier les saillants, les poternes, les portes et enfiler les fossés, pour tenir lieu des tours et barbacanes des lices de l’ancienne fortification, des anciennes bastilles isolées, des ouvrages de défense du dehors des portes. Bientôt cet accessoire, dont l’utilité est reconnue, l’emporte sur le fond, et forme la partie principale de la fortification moderne.

En conservant toutefois, dans les forteresses que l’on éleva vers la fin du XVe siècle, les tours et les courtines des enceintes intérieures commandant la campagne à une grande distance par leur élévation, en les couronnant encore de mâchicoulis, on augmenta l’épaisseur des maçonneries de manière à pouvoir résister à l’artillerie de siége. Lorsque le connétable de Saint-Pol fit reconstruire en 1470 le château de Ham, non-seulement il crut devoir munir cette retraite d’ouvrages avancés, de murs de contre-garde, mais il fit donner aux tours et courtines, et surtout à la grosse tour ou donjon, une telle épaisseur que ces constructions peuvent encore opposer à l’artillerie moderne une longue résistance (voy. Château).

Jusqu’alors on s’était occupé en raison des besoins nouveaux de modifier la forme et la situation des tours et courtines, les détails de la défense ; mais depuis le XIe siècle le mode de construction de la fortification n’avait pas changé : c’étaient toujours deux parements de pierre de taille, de brique ou de moellon piqué renfermant un massif en blocage irrégulier. Contre la sape ou le mouton ce genre de construction était bon, car les pionniers entamaient plus difficilement un massif en blocage dont la pierraille et le mortier étaient durs et adhérents, qu’une construction appareillée facile à déliaisonner lorsque quelques pierres ont été enlevées, les constructions d’appareil n’ayant jamais l’homogénéité d’un bon blocage bien fait. Les massifs de maçonnerie résistaient mieux aux ébranlements du mouton qu’une construction d’appareil ; mais lorsque les bouches à feu remplacèrent tous les engins et expédients de destruction employés au moyen âge, on reconnut bientôt que les revêtements de pierre qui n’avaient généralement qu’une épaisseur de 30 à 50 centimètres étaient promptement ébranlés par l’effet des boulets de fer, qu’ils se détachaient du massif et le laissaient à nud exposé aux projectiles ; que les merlons[1] de pierre enlevés par les boulets se brisaient en éclats, véritable mitraille plus meurtrière encore que les boulets eux-mêmes. L’architecture défensive, pour prévenir l’ébranlement des anciennes murailles et des tours, garnit les courtines par des terrassements de terre intérieurs, et remplit parfois les étages inférieurs

  1. C’est le nom qu’on donne aux parties du parapet comprises entre les créneaux ou embrasures.