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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/390

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caractère d’un château féodal, tandis qu’à Coucy, par exemple (20), bien que le château soit annexé à une ville, il en est complètement indépendant et conserve son caractère de château féodal.

Plan.Coucy.png

Ici la ville bâtie en C est entourée d’une assez forte enceinte ; entre elle et le château B il existe une esplanade, sorte de place d’armes A, ne communiquant avec la ville que par la porte E, qui se défend des deux côtés, mais surtout contre la ville. Le château, bâti sur le point culminant de la colline, domine des escarpements fort roides et est séparé de la place d’armes par un large fossé D. Si la ville était prise, la place d’armes et ensuite le château servaient de refuges assurés à la garnison. C’était dans l’espace A qu’étaient disposées les écuries, les communs, et les logements de la garnison tant qu’elle n’était pas obligée de se retirer dans l’enceinte du château ; des poternes percées dans les courtines de la place d’armes permettaient de faire des sorties, ou de recevoir des secours du dehors, si les ennemis tenaient la ville, et n’étaient pas en nombre suffisant pour garder la cité et bloquer le château. Beaucoup de villes présentaient des dispositions défensives analogues à celles-ci ; Guise, Château-Thierry, Châtillon-sur-Seine, Falaise, Meulan, Dieppe, Saumur, Bourbon l’Archambaut, Montfort l’Amaury, Montargis, Boussac, Orange, Hyères, Loches, Chauvigny en Poitou, etc. Dans cette dernière cité trois châteaux dominaient la ville à la fin du XIVe siècle, tous trois bâtis sur une colline voisine, et étant indépendants les uns des autres. Ces cités, dans lesquelles les défenses étaient ainsi divisées, passaient avec raison pour être très-fortes ; souvent des armées ennemies, après s’être emparées des fortifications urbaines, devaient renoncer à faire le siége du château, et poursuivant leurs conquêtes laissaient sans pouvoir les entamer des garnisons qui le lendemain de leur départ reprenaient la ville et inquiétaient leurs derrières. Certes, si la féodalité eût été unie, aucun système n’était plus propre à arrêter les progrès d’une invasion que ce morcellement de la défense, et cela explique même l’incroyable facilité avec laquelle se perdaient alors des conquêtes de province ; car il était impossible d’assurer comme aujourd’hui les résultats d’une campagne par la centralisation du pouvoir militaire et par une discipline absolue. Si le pays conquis était divisé en une quantité de seigneuries qui se défendaient chacune pour leur compte plutôt encore que pour garder la foi jurée au suzerain, les armées étaient composées de vassaux qui ne devaient, d’après le droit féodal, que quarante ou soixante jours de campagne, après lesquels chacun retournait chez soi, lorsque le suzerain ne