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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/364

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De tous temps la mine avait été en usage pour détruire des pans de murailles et faire brèche. Les mineurs, autant que le terrain le permettait toutefois, faisaient une tranchée en arrière du fossé, passaient au-dessous, arrivaient aux fondations, les sapaient et les étançonnaient au moyen de pièces de bois, puis ils mettaient le feu aux étançons, et la muraille tombait. L’assiégeant, pour se garantir contre ce travail souterrain, établissait ordinairement sur le revers du fossé des palissades ou une muraille continue, véritable chemin couvert qui protégeait les approches, et obligeait l’assaillant à commencer son trou de mine assez loin des fossés ; puis, comme dernière ressource, il contre-minait, et cherchait à rencontrer la galerie de l’assaillant ; il le repoussait, l’étouffait en jetant dans les galeries des fascines enflammées, et détruisait ses ouvrages. Il existe un curieux rapport du sénéchal de Carcassonne, Guillaume des Ormes, adressé à la reine Blanche, régente de France pendant l’absence de saint Louis, sur la levée du siége mis devant cette place par Trencavel en 1240[1]. À cette époque la cité de Carcassonne n’était pas munie comme nous la voyons aujourd’hui[2] ; elle ne se composait guère que de l’enceinte visigothe, réparée au XIIe siècle, avec une première enceinte ou lices, qui ne devait pas avoir une grande valeur (voy. fig. 9) et quelques ouvrages avancés (barbacanes). Le bulletin détaillé des opérations de l’attaque et de la défense de cette place, donné par le sénéchal Guillaume des Ormes, est en latin ; en voici la traduction :

« À excellente et illustre dame Blanche, par la grâce de Dieu, reine des Français, Guillaume des Ormes, sénéchal de Carcassonne, son humble, dévoué et fidèle serviteur. salut.

Madame, que votre excellence apprenne par les présentes que la ville de Carcassonne a été assiégée par le soi-disant vicomte et ses complices,

    son intéressant mémoire sur l’artillerie des anciens (Genève, 1840), cette fronde en augmentait tellement la portée qu’elle faisait plus que la doubler, c’est-à-dire que si la flèche eût été terminée en cuilleron, comme cela avait lieu dans certaines machines de jet en usage dans l’antiquité, le projectile, toutes choses égales d’ailleurs, eût été lancé moitié moins loin qu’avec la fronde. « Les expériences que nous avons faites en petit nous ont donné les mêmes résultats. » Une machine de ce genre fut exécutée en grand en 1850, d’après les ordres du président de la République et essayée à Vincennes. La flèche avait 10m, 30, le contre-poids fut porté à 4500 kilog., et après quelques tâtonnements on lança un boulet de 24 à la distance de 175 mètres, une bombe de 0m, 22 remplie de terre à 145 mètres, et des bombes de 0m, 27 et 0m, 32 remplies de terre à 120 mètres, (Voy le rapport adressé au ministre de la guerre par le capitaine Favé, t. II, p. 38 et suiv,)

  1. Voy. Biblioth. de l’école des Chartes, t. VII, p. 363, rapport publié par M. Douët d’Arcq. Ce texte est reproduit dans les Études sur l’artillerie, par le prince Louis-Napoléon Bonaparte, présid. de la Républ., ouvrage déjà cité plus haut, et auquel nous empruntons la traduction fidèle que nous donnons ici.
  2. Saint Louis et Philippe le Hardi exécutèrent d’immenses travaux de fortification à Carcassonne, sur lesquels nous aurons à revenir.