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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/333

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La villa mérovingienne est donc la transition entre la villa romaine et le monastère de l’époque carlovingienne (voy. Architecture, Architecture Monastique).

Après Charlemagne, la féodalité changea bientôt la villa seigneuriale en château fort. Les monastères seuls conservèrent la tradition romaine. Quant aux villes, elles ne commencèrent à élever des édifices, civils qu’après le grand mouvement des communes des XIe et XIIe siècles. Il s’écoula même un laps de temps considérable avant que les nouvelles communes aient pu acquérir une prépondérance assez grande, établir une organisation assez complète, pour songer à bâtir des hôtels de ville, des halles, des bourses ou des marchés. En effet, dans l’histoire de ces communes, si bien connue aujourd’hui grâce aux travaux de M. Augustin Thierry, il n’est pas question de fondation d’édifices de quelque importance. Les bourgeois affranchis de Vézelay construisent des maisons fortifiées, mais ne paraissent pas songer à établir dans leur cité la curie romaine, l’hôtel de ville du moyen âge. « Les habitants des villes, que ce mouvement politique avait gagnés, se réunissaient dans la grande église ou sur la place du marché, et là ils prêtaient, sur les choses saintes, le serment de se soutenir les uns les autres, de ne point permettre que qui que ce fût fît tort à l’un d’entre eux ou le traitât désormais en serf. Tous ceux qui s’étaient liés de cette manière prenaient dès lors le nom de communiers ou de jurés, et, pour eux, ces titres nouveaux comprenaient les idées de devoir, de fidélité et de dévouement réciproques, exprimés, dans l’antiquité, par le mot de citoyen[1]… Chargés de la tâche pénible d’être sans cesse à la tête du peuple dans la lutte qu’il entreprenait contre ses anciens seigneurs, les nouveaux magistrats » (consuls dans les villes au midi, jurés ou échevins dans celles du nord) « avaient mission d’assembler les bourgeois au son de la cloche, et de les conduire en armes sous la bannière de la commune. Dans ce passage de l’ancienne civilisation abâtardie à une civilisation neuve et originale, les restes des vieux monuments de la splendeur romaine servirent quelquefois de matériaux pour la construction des murailles et des tours qui devaient garantir les villes libres contre l’hostilité des châteaux. On peut voir encore, dans les murs d’Arles, un grand nombre de pierres couvertes de sculptures provenant de la démolition d’un théâtre magnifique, mais devenu inutile par le changement des mœurs et l’interruption des souvenirs. » Ainsi, à l’origine de ces grandes luttes, c’est l’église qui sert de lieu de réunion, et le premier acte de pouvoir est toujours l’érection de murailles destinées à protéger les libertés conquises. Lorsque les habitants de Reims s’érigèrent en commune, vers 1138, le grand conseil des bourgeois s’assemblait dans l’église Saint-Symphorien, et la cloche de la tour de cette église servait de beffroi communal. « D’autres villes offraient, à la même époque, l’exemple de cet usage introduit par la nécessité, faute de locaux assez vastes pour

  1. Lettres sur l’hist. de France, par Aug. Thierry, 1842, lettre XIII.