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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/276

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les hôtes à cheval étaient reçus par le custode ou gardien de l’hôtellerie, ainsi les voyageurs à pied l’étaient par l’aumônier. À chacun, l’aumônier distribuait une livre de pain et une mesure suffisante de vin. En outre, à la mort de chaque frère, on distribuait, pendant trente jours, sa portion au premier pauvre qui se présentait. On lui donnait en sus de la viande comme aux hôtes, et à ceux-ci un denier au moment du départ. Il y avait tous les jours dix-huit prébendes ou portions destinées aux pauvres du lieu, auxquels on distribuait en conséquence une livre de pain ; pour pitance, des fèves quatre jours la semaine, et des légumes les trois autres jours. Aux grandes solennités, et vingt-cinq fois par an, la viande remplaçait les fèves. Chaque année, à Pâques, on donnait à chacun d’eux neuf coudées d’étoffe de laine, et à Noël une paire de souliers. Six religieux étaient employés à ce service, le majordome, qui faisait la distribution aux pauvres et aux hôtes, le portier de l’aumônerie ; deux allaient chaque jour au bois, dans la forêt, avec leurs ânes ; les deux autres étaient chargés du four. On distribuait des aumônes extraordinaires à certains jours anniversaires et en mémoire de quelques illustres personnages, tels que saint Odilon, l’empereur Henri, le roi Ferdinand (fils de Sanche le Grand roi de Castille et de Léon, mort le 27 décembre 1065) et son épouse, et les rois d’Espagne. Chaque semaine, l’aumônier lavait les pieds à trois pauvres, avec de l’eau chaude en hiver, et il leur donnait à chacun une livre de pain et la pitance. En outre, chaque jour, on distribuait douze tourtes, chacune de trois livres, aux orphelins et aux veuves, aux boiteux et aux aveugles, aux vieillards et à tous les malades qui se présentaient. C’était encore le devoir de l’aumônier de parcourir, une fois la semaine, le territoire de l’abbaye, s’informant des malades, et leur remettant du pain, du vin, et tout ce qu’on pouvait avoir de meilleur. » Udalric ajoute plus loin que l’année où il écrivit ses coutumes, on avait distribué deux cent cinquante jambons, et fait l’aumône à dix-sept mille pauvres. Chaque monastère dépendant de Cluny imitait cet exemple selon ses moyens. Si nous ajoutons à ces occupations, toutes charitables, l’activité extérieure des moines de Cluny, leur influence politique et religieuse, les affaires considérables qu’ils avaient à traiter, la gestion spirituelle et temporelle de leurs domaines et des prieurés qui dépendaient de l’abbaye mère, l’enseignement de la jeunesse, les travaux littéraires du cloître, et enfin l’accomplissement de nombreux devoirs religieux de jour et de nuit, on ne s’étonnera pas de l’importance qu’avait acquise cette maison à la fin du XIe siècle, véritable gouvernement qui devait tout attirer à lui, grands et petits, influence morale et richesses. C’est alors aussi que la construction de la grande église est commencée.

Du temps de saint Hugues, l’église de Cluny ne suffisait plus au nombre des moines ; cet abbé entreprit, en 1089, de la reconstruire ; la légende dit

    intégralement imprimées dans le Spicilegium, t. I, in-folio, p. 641 et suiv. On les a réunies à l’œuvre du moine Bernard dont il est l’abréviateur, in-4° en 126 p.