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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/238

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époque, au milieu de contrées où les monuments religieux construits n’ont presque rien qui rappelle l’architecture byzantine, ni comme plan, ni comme détail d’ornementation, on savait cependant ce qu’était une église byzantine, les arts d’Orient n’étaient pas ignorés et devaient par conséquent exercer une influence. Seulement, ainsi que nous l’avons dit déjà (voy. Architecture), cette influence ne se produit pas de la même manière partout. C’est un art plus ou moins bien étudié et connu, dont chaque contrée se sert suivant les besoins du moment, soit pour construire, soit pour disposer, soit pour décorer ses édifices religieux. Dans le Périgord, l’Angoumois, une partie du Poitou et de la Saintonge, c’est la coupole sur pendentifs qui est prise à l’Orient. En Auvergne, c’est la coupole sur trompes formée d’arcs concentriques, les appareils façonnés et multicolores. Sur les bords du Rhin, ce sont les grandes dispositions des plans, l’ornementation de l’architecture qui reflètent les dispositions et l’ornementation byzantines ; en Provence, la finesse des moulures, les absides à pans coupés qui rappellent les églises grecques. En Normandie et en Poitou, on retrouve comme une réminiscence des imbrications, des zigzags, des combinaisons géométriques, et des entrelacs si fréquents dans la sculpture chrétienne d’Orient.

Les croisades n’ont qu’une bien faible part dans cette influence des arts byzantins sur l’Occident, car c’est précisément au moment où les guerres en Orient prennent une grande importance, que nous voyons l’architecture occidentale abandonner les traditions gallo-romaines ou byzantines pour se développer dans un sens complétement nouveau. On s’explique comment l’architecture religieuse, tant qu’elle resta entre les mains des clercs, dut renfermer quelques éléments orientaux, par la fréquence des rapports des établissements religieux de l’Occident avec la terre sainte et tout le Levant, ou le nord de l’Italie, qui, plus qu’aucune autre partie du territoire occidental, avait été envahie par les arts byzantins[1]. Mais quand les arts de l’architecture furent pratiqués en France par des laïques, vers le milieu du XIIe siècle, ces nouveaux artistes étudièrent et pratiquèrent leur art sans avoir à leur disposition ces sources diverses auxquelles les architectes appartenant à des ordres religieux avaient été puiser. Ils durent prendre l’architecture là où les monastères l’avait amenée, ils profitèrent de cette réunion de traditions accumulées par les ordres monastiques, mais en faisant de ces amalgames, dans lesquels les éléments orientaux et occidentaux se trouvaient mélangés à doses diverses, un art appartenant au génie des populations indigènes.

L’architecture religieuse se développe dans les provinces de France en raison de l’importance politique des évêques ou des établissements religieux. Dans le domaine royal, les monastères ne pouvaient s’élever à un degré d’influence égal à celui de la royauté. Mais des établissements tels que

  1. Voy. sur l’ Architecture byzantine en France, l’extrait des articles publiés par M. Vitet (cahiers de janvier, février et mai 1853), p. 36 et suiv.