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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/227

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tique). Les cathédrales du domaine royal, à la fin du XIIe siècle, prirent aux grandes églises monastiques une partie de leurs dispositions, en repoussèrent d’autres. Elles devaient être largement ouvertes à la foule, ces porches fermés, resserrés, interceptant les issues, si bien appropriés aux besoins des monastères, ne convenaient pas aux cathédrales ; on y renonça. On se contenta de porches très-ouverts comme à la cathédrale de Laon, comme à celle de Chartres (voy. cette Cathédrale), ou même vers le commencement du XIIIe siècle, de portails évasés, s’ouvrant directement sur les parvis comme à la cathédrale de Paris, à Amiens, à Reims, à Sens, à Séez, à Coutances, à Bourges, etc. Mais telle était l’influence des grandes églises abbatiales dans les provinces, que nous voyons leurs dispositions se perpétuer dans les cathédrales, les collégiales ou les simples paroisses élevées dans leur voisinage. Les porches de Cluny et de Cîteaux se retrouvent dans la cathédrale d’Autun, voisine de Cluny, dans la collégiale de Beaune, dans les églises de Bourgogne et du Mâconnais ; seulement ces porches s’ouvrent sur leurs trois faces, et ne forment plus une avant-nef fermée. La règle de Cîteaux a sur les constructions religieuses une influence plus marquée encore, autour de ses grands établissements. Dans le domaine royal les cathédrales adoptent les tours des grandes églises bénédictines clunisiennes. La cathédrale de Laon possédait et possède encore en partie deux tours couronnées de flèches sur la façade, quatre tours aux extrémités des bras de croix, et une tour carrée sur les arcs-doubleaux de la croisée centrale. Chartres présente la même disposition, sauf la tour centrale ; Reims, cette reine des églises françaises, avant l’incendie de la fin du XVe siècle était munie de ses six tours, et d’un clocher central terminé par une flèche en bois ; de même à Rouen. C’est en Normandie surtout que les tours centrales avaient pris une grande importance dans les églises monastiques comme dans les cathédrales ou les paroisses, et leurs étages décorés de galeries à jour se voyaient de l’intérieur, formant comme une immense lanterne donnant de l’air, de la lumière et de l’espace au centre de l’édifice. Les églises de Saint-Étienne et de la Trinité de Caen, de l’abbaye de Jumiéges, les cathédrales de Coutances, de Bayeux[1], et quantité de petites églises, possèdent des tours centrales qui font ainsi partie du vaisseau intérieur, et ne sont pas seulement des clochers, mais plutôt des coupoles on lanternes donnant de la grandeur et de la clarté au centre de l’édifice. En revanche, les clochers de façade des églises, normandes sont étroits, terminés par des flèches en pierre d’une excessive acuité. Dans l’Île-de-France, les tours centrales sont rares ; quand elles existent, ce sont plutôt des clochers terminés par des flèches en bois, mais ne se voyant pas à l’intérieur des édifices, tandis que les tours des façades sont larges, hautes, construites avec luxe, puissamment empatées, comme

  1. Cette disposition primitive à Bayeux fut modifiée au XIIIe siècle par la construction d’une voûte au centre de la croisée.