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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/196

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pentes puisque, non-seulement elles ferment les nefs et bas côtés, mais encore elles portent la couverture en tuiles ou en dalles de pierre. Ce fait est remarquable ; reconnaissant les inconvénients des charpentes, les architectes de ces provinces les supprimaient complètement et faisaient ainsi disparaître toutes causes de destruction par le feu. Dans les provinces du nord, en Normandie, dans l’Île-de-France, en Champagne, en Bourgogne, en Picardie, lorsque l’on se décide à voûter la basilique latine, on laisse presque toujours subsister la charpente au-dessus de ces voûtes ; on réunit les deux moyens, la voûte, pour mieux clore l’édifice, pour donner un aspect plus digne et plus monumental aux intérieurs, pour empêcher les charpentes, en cas d’incendie, de calciner les nefs ; la charpente, pour recevoir la couverture en tuiles, en ardoises ou en plomb. Les couvertures posées directement sur la maçonnerie des voûtes causaient des dégradations fréquentes dans les climats humides, elles laissaient pénétrer les eaux pluviales à l’intérieur par infiltration, ou même par suite de la porosité des matériaux employés, dalles ou terre cuite. Si les constructeurs septentrionaux, lorsqu’ils commencèrent à voûter leurs églises, employèrent ce procédé, ils durent l’abandonner bientôt en reconnaissant les inconvénients que nous venons de signaler, et ils protégèrent leurs voûtes par des charpentes qui permettaient de surveiller l’extrados de ces voûtes, qui laissait circuler l’air sec au-dessus d’elles et rendaient les réparations faciles. Nous verrons tout à l’heure comment cette nécessité contribua à leur faire adopter une combinaison de voûtes particulière. Les tentatives pour élever des églises voûtées ne se bornaient pas à celles indiquées ci-dessus. Déjà dès le Xe siècle les architectes avaient eu l’idée de voûter les bas côtés des basiliques latines au moyen d’une suite de berceaux plein cintre posant sur des arcs-doubleaux et perpendiculaires aux murs de la nef ; la grande nef restait couverte par une charpente. Les restes de la basilique primitive de l’abbaye de Saint-Front de Périgueux conservent une construction de ce genre, qui existait fort développée dans l’église abbatiale de Saint-Remy de Reims avant les modifications apportées dans ce curieux monument pendant les XIIe et XIIIe siècles. La figure (13) fera comprendre ce genre de bâtisses. Ces berceaux parallèles posant sur des arcs-doubleaux dont les naissances n’étaient pas très-élevées au-dessus du sol ne pouvaient pousser à l’intérieur les piles des nefs chargées par des murs élevés ; et des fenêtres prenant des jours directs, étaient ouvertes au-dessus des bas côtés. Dans la Haute-Marne, sur les bords de la haute Saône, en Normandie, il devait exister au XIe siècle beaucoup d’églises élevées suivant ce système, soit avec des voûtes en berceaux perpendiculaires à la nef, soit avec des voûtes d’arêtes, sur les bas côtés ; les nefs restaient couvertes seulement par des charpentes. La plupart de ces édifices ont été modifiés au XIIIe ou au XIVe siècle, c’est-à-dire qu’on a construit des voûtes hautes sur les murs des nefs en les contre-buttant par des arcs-boutants ; mais on retrouve facilement les traces de ces dispositions primitives. Quelques édifices religieux bâtis