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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/144

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monastère devait, comme toujours, donner aux arts et particulièrement à l’architecture un grand essor ; et c’était dans le sein des abbayes mêmes que se formaient les maîtres qui allaient, au XIe siècle, leur donner une importance matérielle égale à leur prépondérance religieuse et morale dans la chrétienté. Le premier architecte qui jette les fondements de ce vaste et admirable monastère de Cluny, presque entièrement détruit aujourd’hui, est un Cluniste, nommé Gauzon, ci-devant abbé de Baume[1]. Celui qui achève la grande église est un Flamand religieux, Hezelon qui, avant son entrée à Cluny, enseignait à Liége ; les rois d’Espagne et d’Angleterre fournirent les fonds nécessaires à l’achèvement de cette grande construction (voy. Architecture Monastique).

Non-seulement ces bâtiments grandioses allaient servir de types à tous les monastères de la règle de Cluny en France et dans une grande partie de l’Europe occidentale ; mais les simples paroisses, les constructions rurales, les monuments publics des villes prenaient leurs modèles dans ces centres de richesse et de lumière. Là, en effet, et là seulement, se trouvaient le bien-être, les dispositions étudiées et prévoyantes, salubres et dignes. En 1009, avant même la construction de l’abbaye de Cluny sous Pierre le Vénérable, « Hugues de Farfa avait envoyé un de ses disciples, nommé Jean, observer les lieux et décrire pour l’usage particulier de son monastère les us et coutumes de Cluny. Cet ouvrage demeuré manuscrit dans la bibliothèque vaticane, n°6808[2], contient des renseignements que nous ne retrouverions pas ailleurs aujourd’hui. Nul doute que ces dimensions que l’on veut transporter à Farfa, ne soient celles de Cluny au temps de saint Odilon. Quand nous serions dans l’erreur à cet égard, toujours est-il certain que ces proportions ont été fournies et ces plans élaborés à Cluny, dont nous surprenons ainsi la glorieuse influence jusqu’au cœur de l’Italie… L’Église devait avoir 140 pieds de long. 160 fenêtres vitrées, deux tours à l’entrée, formant un parvis pour les laïques ;… le dortoir, 140 pieds de long, 34 de hauteur, 92 fenêtres vitrées, ayant chacune plus de 6 pieds de hauteur et 2 1/2 de largeur ; le réfectoire, 90 pieds de long et 23 de hauteur ;… l’aumônerie, 60 pieds de longueur ; l’atelier des verriers, bijoutiers et orfèvres, 123 pieds de long sur 25 de large[3] ; les écuries des chevaux du monastère et des étrangers, 280 pieds de long sur 25[4] »

Mais pendant que les ordres religieux, les évêques, qui n’admettaient pas le vasselage de l’Église, et le souverain pontife à leur tête, soutenaient avec ensemble et persistance la lutte contre les grands pouvoirs féodaux,

  1. L’abbé Cucherat, p. 104.
  2. Ann. Benéd., t. IV, p. 207 et 208.
  3. « Inter prædictas cryptas et cellam novitiorum, posita sit alia cella ubi aurifices, inclusores et vitrei magistri operentur ; quæ cella habeat longitudinis CXXV pedes, latitudinis XXV. »
  4. Cluny au XIe siècle. par l’abbé Cucherat, p. 106 et 107.