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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/130

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Libergier porte le costume laïque ; nous donnerons ce que nous possédons de son œuvre dans le mot Église.

Jean de Chelles construisait, en 1257, sous l’épiscopat de Regnault de Corbeil, les deux pignons du transsept et les premières chapelles au chœur de Notre-Dame de Paris. La grande inscription sculptée en relief sur le soubassement du portail sud, par la place qu’elle occupe, et le soin avec lequel on l’a exécutée, fait ressortir l’importance que l’on attachait au choix d’un homme capable, et le souvenir que l’on tenait à conserver de son œuvre. Voici cette inscription :

anno.domini.mcclvii.mense.februario.idus.secundo.
hoc.fuit.inceptum.christi.genitricis.honore.
kallensi.latuomo.vivente.johanne.magistro.

En 1277 le célèbre architecte Erwin de Steinbach commençait la construction du portail de la cathédrale de Strasbourg, et au-dessus de la grande porte on lisait encore il y a deux siècles cette inscription :

anno.domini.mcclxxvii.in.die.beati
urbani.hoc.gloriosum.opus.incohavit.
magister.ervinus.de.steinbach.

Erwin meurt en 1318, et son fils continue son œuvre jusqu’à la grande plate-forme des tours.

Ce respect pour l’œuvre de l’homme habile, intelligent, n’est plus dans nos mœurs, soit ; mais n’en tirons point vanité, il ne nous semble pas que l’oubli et l’ingratitude soient les signes de la civilisation d’un peuple.

Ces grands architectes des XIIe et XIIIe siècles, nés la plupart dans le domaine royal et plus particulièrement sortis de l’Île-de-France, ne nous sont pas tous connus, Les noms de ceux qui ont bâti les cathédrales de Chartres et de Reims, de Noyon et de Laon, l’admirable façade de la cathédrale de Paris ne nous sont pas conservés, mais les recherches précieuses de quelques archéologues nous font chaque jour découvrir des renseignements pleins d’intérêt sur ces artistes, sur leurs études, et leur manière de procéder. Nous verrons paraître prochainement un recueil de croquis faits par l’un d’eux, Villard de Honnecourt, avec des observations et annotations sur les monuments de son temps. Villard de Honnecourt, qui dirigea les constructions du chœur de la cathédrale de Cambrai, démolie aujourd’hui, et qui fut appelé en Hongrie pour entreprendre d’importants travaux, était le contemporain et l’ami de Pierre de Corbie, architecte célèbre du XIIIe siècle, constructeur de plusieurs églises en Picardie et qui pourrait bien être l’auteur des chapelles absidales de la cathédrale de Reims. Ces deux artistes composèrent ensemble une église sur un plan fort original, décrit par Villard[1].

  1. M. Lassus, notre confrère et ami, mettra bientôt au jour le manuscrit de Villard de Honnecourt ; et par ce que nous en connaissons, il est certain que ce travail donnera une idée complète des connaissances théoriques en architecture au XIIIe siècle.