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Page:Viollet-le-Duc - Description du château de Coucy.djvu/26

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de cette importance devait être assez triste, surtout avant les modifications apportées au xve siècle, modifications faites évidemment avec l’intention de rendre l’habitation de cette résidence moins fermée et plus commode.

La cour, ombragée par cet énorme donjon, entourée de bâtiments élevés et d’un aspect sévère, devait paraître étroite et sombre, ainsi qu’on peut en juger par la vue présentée (fig. 5) Tout est colossal dans cette forteresse ; quoique exécutée avec grand soin, la construction a quelque chose de rude et de sauvage qui rapetisse l’homme de notre temps. Il semble que les habitants de cette demeure féodale devaient appartenir à une race de géants, car tout ce qui tient à l’usage habituel est à une échelle supérieure à celle admise aujourd’hui : les marches des escaliers (nous parlons des constructions du xiiie siècle), les allèges des créneaux, les bancs, sont faits pour des hommes d’une taille au-dessus de l’ordinaire.

Enguerrand III, seigneur puissant, de mœurs farouches, guerrier intrépide, avait-il voulu en imposer par cette apparence de force extrahumaine, ou avait-il composé sa garnison d’hommes d’élite ? C’est ce que nous ne saurions décider ; mais en construisant son château, il pensait certainement à le peupler de géants. Ce seigneur avait toujours avec lui cinquante chevaliers, ce qui donnait un chiffre de cinq cents hommes de guerre environ en temps ordinaire. Il ne fallait rien moins qu’une garnison aussi nombreuse pour garder le château et la basse-cour. Les caves et magasins immenses qui existent encore sous le rez-de-chaussée des bâtiments du château permettaient d’entasser des vivres pour plus d’une année, en supposant une garnison de mille hommes. Au xiiie siècle, un seigneur féodal, possesseur d’une semblable forteresse et de richesses assez considérables pour s’entourer d’un pareil