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{{#tag :poem| Dans les vapeurs de l’air perdent leurs molles ondes, Comme on voit la comète errante dans les cieux[1] Fondre au sein de la nuit ses rayons gracieux[2] ; Une rose aux lueurs de l’aube matinale[3] N’a pas de son teint frais la rougeur virginale ; Et la lune, des bois éclairant l’épaisseur[4], D’un de ses doux regards n’atteint pas la douceur. Ses ailes sont d’argent ; sous une pâle robe[5], Son pied blanc tour à tour se montre et se dérobe, Et son sein agité, mais à peine aperçu, Soulève les contours du céleste tissu[6]. C’est une femme aussi, c’est une Ange charmante[7] ; Car ce peuple d’Esprits, cette famille aimante. Qui, pour nous, près de nous, prie et veille toujours, Unit sa pure essence en de saintes amours : L’Archange Raphaël, lorsqu’il vint sur la Terre, Sous le berceau d’Éden conta ce doux mystère[8]. }}

  1. Var : M, Telle on voit
  2. Moore, A. d. A., p. 72 : Elle s’était évanouie comme un météore qui luit tout à coup sur nos têtes, et qui s’enfuit au moment où l’on crie : « Voyez, voyez !… »
  3. Var : M, La rose à la lueur (corr. : texte actuel).
  4. Var : M, Et des forêts la lune
  5. Var : M, sont d’argent est rajouté d’une autre encre.
  6. Var v. 65-66 : M, Et prodige enchanteur, dans son double dessin, | Le céleste tissu couvre à peine un beau sein.
  7. Var : C1, C2, ange
  8. Milton, P. P., V, 375 (l’archange Raphaël vient visiter Adam et Eve dans le Paradis terrestre) : Conduis-moi donc [dit-il à Adam] là où ton berceau répand son ombre. — VIII, 615 : À la question qui lui est posée par Adam : « N’aiment-ils point, les esprits célestes ? et leur amour, comment l’expriment-ils ? » l’archange répond : « Qu’il te suffise de savoir que nous sommes heureux ; et sans l’amour il n’est pas de bonheur… Plus aisément que l’air avec l’air, si les esprits s’embrassent, ils se mêlent tout entiers, désirant l’union du pur avec le pur. »