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vées. Rien ne montre mieux l’absence de foi et de caractère même.

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Barbier vient de publier ’’il Pianto’’. Les délices de Capoue ont amolli son caractère de poésie, et Brizeux a déteint sur lui ses douces couleurs virgiliennes et ’’laquistes’’ dérivant de Sainte-Beuve. — Ils ont mêlé leurs couleurs et leurs eaux ; à peine retrouve-t-on dans ce Pianto quelques vagues du fleuve jaune des ’’lambes’’. L’eau bleuâtre qui entoure ces vagues est pure et belle, mais ce n’est pas celle du fleuve débordé d’où jaillit la ’’Curée’’. Brizeux est un esprit fin et analytique qui ne fait pas des vers par inspiration et par instinct, mais parce qu’il a résolu d’exprimer en vers les idées qu’il choisit partout avec soin.

Il a des théories littéraires et les a coulées dans l’esprit de Barbier, qui dès lors, se méfiant de lui-même, s’est parfumé de formes antiques et latines qui étouffent son élan satirique et lyrique.

Barbier et Brizeux devraient ne jamais se voir, malgré leur amitié.

Il arrive à Barbier ce que je lui ai prédit ; on s’écrie : ’’C’est beau, mais c’est autre chose que lui’’.

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