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— Je sens sur ma tête le poids d’une condamnation que je subis toujours, ô Seigneur ! mais, ignorant la faute et le procès, je subis ma prison.J’y tresse de la paille pour l’oublier quelquefois : là se réduisent tous les travaux humains. Je suis résigné à tous les maux et je vous bénis à la fin de chaque jour lorsqu’il s’est passé sans malheur. — Je n’espère rien de ce monde et je vous rends grâces de m’avoir donné la puissance du travail, qui fait que je puis oublier entièrement en lui mon ignorance éternelle.


On ne peut trop mettre d’indulgence dans ses rapports avec les jeunes gens qui consultent. Je pense qu’il faut toujours les encourager, les vanter, les élever à leurs propres yeux, tirer d’eux tout ce que renferme leur cerveau et l’exprimer comme un grain de raisin jusqu’à la dernière goutte.

J’étais lieutenant de la garde royale, en garnison à Versailles, en 1816, je crois, lorsque je fis une assez mauvaise tragédie de Julien l’Apostat, que j’ai brûlée dernièrement. — Telle qu’elle était, je la montrai à M. de Beauchamp, qui avait fait quelques livres d’histoire. Après avoir entendu la préface et le premier acte, il me serra la main vivement et me dit : « Souvenez-vous de ceci : à