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jambe. Boitant et à peine guéri, je pris la déroute de Louis XVIII jusqu’à Béthune, toujours à l’arrière-garde et en face des lanciers de Bonaparte. — En 1815, dans la garde royale, après un mois dans la ligne. J’attends neuf ans que l’ancienneté me fasse capitaine. — J’étais indépendant d’esprit et de parole, j’étais sans fortune et poëte, triple titre à la défaveur. — Je me marie après quatorze ans de services, et ennuyé du plat service de paix. — On vient de faire sans moi une révolution dont les principes sont bien confus. — Sceptique et désintéressé, je regarde et j’attends, dévoué seulement au pays dorénavant.


31 décembre, minuit. — L’année est écoulée. — Je rends grâces au ciel qui a fait qu’elle se soit passée comme les autres, sans que rien ait altéré l’indépendance de mon caractère et le sauvage bonheur de ma vie. Je n’ai fait de mal à personne. Je n’ai pas écrit une ligne contre ma conscience, ni contre aucun être vivant ; cette année a été inoffensive comme les autres années de ma vie.